La ségrégation des aînés au Québec

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Le Nouvelliste

Dans notre province, seulement 3 % de nos aînés sont considérés comme étant en perte d'autonomie. Pourtant, nombre d'entre nous en sommes venus à croire que dès l'âge de 65 ans, les gens ne sont plus bons à rien. Le gouvernement ne cesse de crier à qui veut l'entendre que les coûts en santé sont exorbitants, compte tenu du vieillissement de la population. Il affirme alors que cela est dangereux pour les finances québécoises. Évidemment, il ne parle pas des augmentations faramineuses accordées aux médecins. Résultat: notre société en est venue à penser que l'âge de la retraite crée des problèmes énormes et que cela en viendrait à brimer la vie des «citoyens normaux».

De plus, des municipalités, dont celle de Trois-Rivières, ont même fait en sorte que l'Office municipal des habitations force les gens de 55 ans et plus à intégrer des HLM réservés à leur groupe d'âge. N'y aurait-il pas là un accroc aux droits de la personne? Après vérification, c'est en effet le cas. Je n'ai rien contre le fait que l'on offre des centres réservés aux aînés, ce dont je suis outré c'est que l'on nous y contraigne.

Dans ces centres, les autorités en place ont imaginé des besoins et implanté des systèmes qu'ils pensaient nécessaires en infantilisant les gens de l'âge d'or. C'est ainsi que l'on retrouve dans ces habitations des rampes tout le long des corridors, des planches au bas des fenêtres pour éviter qu'on se jette en bas, des salles communautaires équipées de lazy-boys alignés le long des murs, comme dans les CHSLD, de grandes tables de 10 ou 20 personnes, juste pour tenter de les forcer à communiquer entre eux. Qui aurait envie d'aller au restaurant et de s'asseoir à une grande table avec de parfaits inconnus ou des gens avec lesquels ils n'ont aucune affinité? Dans ces salles, on organise des activités qui ne rejoignent qu'un faible pourcentage d'adeptes.

Qui a pu s'imaginer que parce que nous avons atteint l'âge de la retraite, nous nous dégradons mentalement? Pour eux, il semble que aîné veut dire adepte de jeux de poches? On se croirait dans une maternelle, c'est quoi l'idée d'infantiliser ainsi les aînés? Pourquoi n'a-t-on pas demandé à ces gens ce dont ils auraient besoin? La grande majorité pourrait vous dire que la seule partie de nous qui vieillit, c'est le physique. Intérieurement, nous nous sentons encore comme à 20 ans. Nos pensées, nos goûts, nos aspirations, restent ce qu'ils étaient. Seules les capacités physiques peuvent être amoindries, ce qui n'est pas le cas de tous.

De plus, la publicité de ces centres fait en sorte de faire croire à tous que les aînés y vivent heureux et comblés, ce qui donne bonne conscience à leur entourage. Faites un sondage dans ces centres, vous serez probablement très surpris des résultats. La création de ces habitations a initié une forme de ségrégation des aînés. Ils en viennent à vivre reclus de la société et en viennent même à s'isoler dans leur propre logement. Pas surprenant que le taux de suicide soit aussi élevé parmi les gens de l'âge d'or.

Et si nous parlions des coûts de santé générés par nos aînés. Notre société a fait en sorte que les gens perdent leur autonomie sur le plan de la santé. On nous incite fortement à consulter la médecine pour toutes sortes de «problèmes» et même si nous n'en avons pas. Lorsque l'on s'astreint à cette forme d'éducation populaire, nous nous embarquons alors dans un programme de médication intensive qui n'a plus de fin. Nous sommes-nous déjà demandé quel était le rapport entre la perte d'autonomie et les médicaments prescrits? Réalisons-nous vraiment l'impact négatif de la surmédication sur notre potentiel d'auto-guérison? Bien souvent, les gens prennent tel ou tel médicament pour tel problème mais doivent en ajouter d'autres pour contrer leurs effets secondaires. Et que dire des nombreuses incitations à se faire vacciner.

Si vous avez 60 ans ou plus, soyez sûrs que vous ne sortirez pas du bureau du médecin sans une prescription. L'avenir des compagnies pharmaceutiques en dépend grandement. Une pression un peu haute, un peu basse, un risque de ci ou de ça, toutes les raisons sont bonnes. Tenez-vous dans le stationnement de l'un de ces centres, et vous verrez les autos de livraison de pharmacies y défiler les unes après les autres. Au Québec, nous sommes d'ailleurs les champions dans le domaine de la médication, toutes provinces confondues. Serions-nous plus malades qu'ailleurs? Et, bizarrement, notre premier ministre et notre ministre de la Santé sont tous deux médecins... Cherchez l'erreur!

Thierry Évrard

Trois-Rivières

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