Une nouvelle équipe sportive à l'UQTR? Laquelle?

Le football subit une chute de popularité au... (François Gervais)

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Le football subit une chute de popularité au Québec, 15 % en 2014 seulement, ce qui est inquiétant à moyen et long terme pour ce sport.

François Gervais

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Le Nouvelliste

La décision du c.a. de l'UQTR de ne pas aller de l'avant avec une équipe de football était peut-être plus profonde que ce qui était rapporté par les médias.

La situation financière de l'UQTR est un casse-tête pour toute la communauté universitaire mais elle a aussi des impacts sur la communauté mauricienne. Cette situation précaire a été imposée par des gestes politiques extérieurs à la région.

Les chroniqueurs du Nouvelliste semblent prendre à la légère la situation financière de l'un des plus importants moteurs économiques de la région. Ils ont choisi les professeurs et leur représentant comme bouc émissaire et leur travail s'est arrêté là. Quant à moi, une des «déceptions de l'année» aura été la couverture médiatique à sens unique de cette saga. 

S'ils avaient fouillé un peu plus et lu leur propre journal, ils auraient vu qu'un des points de vue qui circulent est que si le contexte s'y prêtait la prochaine équipe universitaire qui devrait démarrer à l'UQTR devrait être une équipe féminine de basketball bien avant celle de football.

Cela était d'ailleurs rapporté dans le Nouvelliste du 19 décembre 2014. Mon analyse personnelle que je considère objective et non-biaisée du contexte actuel et de l'évolution du sport dans la région m'amène aussi à cette conclusion. 

Première raison, une équipe de basketball féminine viendrait établir un équilibre dans la proportion des ressources allouées au sport féminin et masculin à l'UQTR. Nul besoin de rappeler que près de 60 % du corps étudiant est constitué d'étudiantes. L'introduction d'une équipe de football créerait un déséquilibre autant de nombre que financier entre les deux sexes. L'équité est un principe fondamental dans les institutions d'enseignement.

Deuxième raison, les coûts reliés aux installations seraient mieux placés et plus abordables dans le basketball. En effet, il serait totalement absurde de mettre de l'argent sur le terrain de football du Cégep alors que certaines des infrastructures sportives de l'UQTR doivent être remplacées ou réparées.

De plus, le terrain de soccer de l'UQTR et la piste d'athlétisme servent à toute la communauté universitaire et trifluvienne et ont passé leur date d'expiration. Un autre défi important pour l'UQTR est la présence de pyrrhotite dans le nouveau gymnase du CAPS.

Toutes ces infrastructures servent à l'enseignement, la recherche, aux services à la collectivité et aux sports interuniversitaires. Elles sont aussi abondamment utilisées par les équipes intramurales étudiantes. Les programmes académiques utilisateurs du CAPS ont doublé leur effectif étudiant depuis la construction du CAPS actuel.

Une troisième raison est le niveau et la profondeur du basketball féminin en Mauricie. Notre région exporte une quantité impressionnante d'athlètes de ce sport autant aux États-Unis en NCAA que dans les autres équipes universitaires du Québec.

Plusieurs joueuses de haut niveau restent en Mauricie et ne jouent plus parce que leur programme d'étude se donne seulement ici et ne peuvent évoluer au niveau universitaire. Le Cégep de Trois-Rivières a une équipe de basketball féminine, en division 1 qui est actuellement première de son classement, une autre en division 2 qui est deuxième en avant de celle du Collège de Shawinigan qui est en troisième place.

Donc, il y a de la profondeur en basketball féminin en Mauricie qui permettrait d'atteindre assez rapidement un niveau digne de mention comme l'UQAM a été en mesure de le faire à un coût beaucoup moins élevé que pour une équipe de football. Malgré des intervenants de qualité, le football mauricien collégial peine actuellement à se sortir des dernières places des deuxième ou troisième divisions.

De plus, le football subit une chute de popularité au Québec, 15 % en 2014 seulement, ce qui est inquiétant à moyen et long terme pour ce sport. La prise de conscience des effets des commotions cérébrales n'est pas étrangère à ce déclin.

Il n'y a pas un seul sport qui a le monopole de créer un sentiment d'appartenance. Si nous ne sommes pas en mesure de créer l'appartenance avec l'équipe de hockey du niveau enviable que nous avons, ce n'est pas avec une équipe de football qui sera perdante pendant 10 ans qu'on arrivera à le faire.

L'effet «Flutie» ne se mesure que lorsqu'une équipe gagne. Des universités plus grosses que la nôtre (Laval, Montréal et Sherbrooke) n'ont pas à la fois une équipe de hockey sur glace et une équipe de football. Est-ce qu'on peut se le permettre? Il faut consolider notre équipe de hockey pour gagner le championnat canadien régulièrement. La promotion de l'équipe de hockey s'est beaucoup améliorée et est maintenant ouverte sur la communauté. 

Pour finir, en tombant dans le dénigrement des personnes qui ont posé des questions sur le projet d'une équipe de football, les médias n'ont pas fait un travail équilibré en ne défendant qu'un seul point de vue et mettant sur le dos des seuls professeurs le refus du projet. Le projet est aussi controversé parmi les autres membres du personnel.

De plus, les chroniqueurs qui dénigrent la tâche de recherche des professeurs sous-estiment l'impact économique important de cette activité professorale dans la région. Les subventions et commandites que les professeurs et leur institution attirent dans notre région plutôt qu'ailleurs sont des sommes d'argent qui supportent directement plusieurs étudiants et professionnels et indirectement plusieurs commerces de la Mauricie.

Si on doit faire appel à la députation régionale, c'est plutôt pour leur demander de faire des pressions pour le rétablissement d'un financement adéquat des universités pour leur permettre de servir nos étudiants. 

NB: Notez que l'auteur de ces lignes est chercheur dans le domaine du sport et de l'activité physique et n'est ni intervenant ni un amateur de basketball, donc sans conflit d'intérêt par rapport au contenu de cette lettre. 

François Trudeau, Ph.D.

Professeur

Département des Sciences de l'activité physique

Université du Québec à Trois-Rivières

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