Juste du rattrapage? Ah bon!

Le Dr Guillaume Langlois à la Coopérative de santé... (Stéphane Lessard, Archives)

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Le Dr Guillaume Langlois à la Coopérative de santé de Sainte-Gertrude.

Stéphane Lessard, Archives

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Le Nouvelliste

En réaction à la lettre de Guillaume Langlois «C'est juste du rattrapage» publiée samedi.

C'est avec stupéfaction que j'ai lu l'argumentation de Guillaume Langlois, «médecin de village» à Bécancour, à propos des honoraires des médecins que, selon lui, «tout le monde critique» avec hargne et tout à fait injustement.

C'est juste du rattrapage, qu'il dit. Et d'ajouter que les gens ne critiquaient pas les salaires des médecins quand ils étaient «sous-payés». Oh là! Aussi loin qu'on peut se rappeler, les médecins ont toujours joui d'une très grande considération et encore aujourd'hui. Dans nos villages, le médecin, le curé, le notaire et le «jobber» qui avaient du fric étaient tous placés sur un piédestal et jamais n'étaient critiqués. Et ils vivaient mieux, beaucoup mieux, que la moyenne des paroissiens.

Le rattrapage en question est celui qui a amené les médecins à un salaire égal à la moyenne canadienne sans tenir compte de la moyenne des salaires et de la capacité de payer des Québécois. À ce compte, on devrait augmenter substantiellement les salaires des enseignants, des infirmières, de toute la panoplie des préposés aux soins et à la protection des autres. À ce compte, faudrait évaluer les maisons des médecins au même niveau que celles des médecins de l'Ontario ou de la Colombie-Britannique et de leur faire payer les taxes municipales et scolaires en conséquence. Le coût de la vie est beaucoup plus cher dans ces provinces.

Monsieur Langlois fait planer la menace de l'exode des médecins vers d'autres cieux. Faudrait d'abord magasiner les résidences en Floride ou en Alberta en plus d'apprendre à travailler dans une autre langue et d'envoyer ses enfants dans une école qui ne donne pas les cours dans leur langue maternelle. Quand à l'exode vers le privé, je concède à monsieur Langlois que c'est une alternative que des médecins ont adoptée, mais qui va très bientôt faire l'objet d'un débat public parce que les Québécois n'accepteront pas longtemps de payer pour un service public et de payer pour un service privé «afin d'aller plus vite». Nous n'accepterons pas une médecine des riches en parallèle à une médecine des pauvres comme aux États-Unis.

Finalement, monsieur Langlois accouche de sa solution, soit de «placer le médecin au coeur du système de santé» et tous les problèmes vont se régler. À ce que je sache, c'est justement ce qui se passe aujourd'hui; en dépit des nombreuses contraintes administratives et logistiques, c'est le médecin qui est au coeur du système. Travailleur autonome dans un système socialisé avec une clientèle captive, il ouvre un cabinet et remplit son «carnet de commandes» en peu de temps, c'est lui qui décide des actes médicaux à poser et refile la facture à la RAMQ, il peut utiliser à volonté les équipements dispendieux des hôpitaux et y faire admettre ses patients quand il le juge nécessaire, il peut décider de travailler où et quand il veut, prendre des vacances quand il en sent le besoin... et laisserla masse critiquer les salaires des médecins.

Faut-il ajouter que ce ne sont pas les médecins qui sont critiqués. Ils sont toujours bien considérés parce que ce sont des agents essentiels dans notre société et que la majorité d'entre eux est composée de travailleurs compétents et consciencieux. C'est leur rémunération abusive qui est critiquée. Et puis ce sont les patients et non les médecins qui devraient être au coeur du système. Mais ça, c'est un débat à venir très bientôt.

Claude Rompré

Shawinigan

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