La piqûre qui tue du ministre Barrette

Gaétan Barrette... (Archives La Presse)

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Gaétan Barrette

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Le Nouvelliste

Le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette, y est allé d'une déclaration pour le moins stupéfiante concernant la morphine. Revenons à l'article du quotidien Le Soleil paru le 2 décembre dernier sous la plume de Jean-Marc Salvet: «La proverbiale injection de morphine dans les dernières heures de la vie, ça se faisait sans qu'aucune poursuite ne soit intentée, et il continuera d'en être de même», a déclaré mercredi le ministre de la Santé, au lendemain de l'injonction de la Cour supérieure suspendant les articles de la loi québécoise sur l'aide médicale à mourir.

Est-ce que monsieur Barrette est en train de nous dire qu'on pratique déjà au Québec une certaine forme d'euthanasie sans consentement et ce, en toute impunité? Non, mais je rêve!

En aucun cas, la morphine n'est administrée pour provoquer la mort, et assurément, administrée selon les règles de l'art, elle ne la provoque pas. D'ailleurs, elle ne fait pas partie des médicaments qui seront utilisés pour l'aide médicale à mourir.

Lorsque monsieur Barrette fait référence à la «proverbiale injection de morphine», il étale au grand jour son ignorance. Mais plus grave encore, il attaque l'intégrité de tous les professionnels de la santé.

De plus, cette déclaration porte ombrage à tous les efforts consentis par tous les soignants compétents qui ont à coeur d'alléger les souffrances des gens en venant renforcir le mythe de la «mort fine» déjà bien ancré dans la croyance populaire.

Je suis infirmière en soins palliatifs de fin de vie. Dans le cadre de mon travail, je me bats régulièrement contre les mythes persistants au sujet de la morphine. Il y a une croyance tenace qui veut que la morphine donnée dans les derniers jours de la vie soit une forme d'euthanasie déguisée ou encore que l'administration de la morphine ait comme conséquence d'accélérer la mort. Ce sont ces fausses vérités que tous ceux qui travaillent en soins palliatifs s'évertuent à rectifier.

Quoi qu'il en soit, ces convictions erronées ne sont pas sans conséquence. Tous ces mythes mènent à des craintes injustifiées, participent à une perception négative des soins palliatifs en plus d'affecter le lien de confiance entre le soigné et le soignant. Je me souviendrai toujours de cette dame à qui je venais d'installer un cathéter afin de lui administrer sa morphine en sous cutanée parce qu'elle n'arrivait plus à l'avaler en comprimé. Lorsque je lui ai injecté la médication, de grosses larmes coulaient sur ses joues... Elle croyait que je lui injectais la fameuse dernière injection!

Nous savons aujourd'hui que la morphine et les autres opiacés que l'on utilise pour la douleur et les difficultés respiratoires (dyspnée) sont des médicaments sécuritaires lorsque bien utilisés. En soins palliatifs, ils contribuent au maintien du confort de la personne malade et ce, jusqu'à la toute fin; c'est également ça mourir dans la dignité. Lorsque les doses sont adéquates et heureusement elles le sont, prescrites par des médecins formés et compétents, ce médicament n'accélère pas le processus de la mort. Au contraire, certaines études concernant son utilisation en fin de vie tendent plutôt à démontrer une survie un peu plus longue.

Il y a bien sûr une dernière piqûre, de la même manière qu'il y a un dernier repas, une dernière parole, un dernier sourire, une dernière heure, une dernière minute avant le dernier souffle de la vie.

Danielle Hamelin

Trois-Rivières

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