C'est juste du rattrapage!

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Il va falloir se méfier de l'exode grandissant des médecins vers le privé.

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Le Nouvelliste

On critique avec de plus en plus de haine l'augmentation de salaire des médecins

Il est de plus en plus gênant pour moi d'ouvrir ma page Facebook ou de lire les nouvelles. J'y vois défiler, sans cesse, des messages contre les médecins, de plus en plus virulents. Et j'en suis bien attristé. Je me demande vraiment où tout cela va nous mener.

On critique avec de plus en plus de haine l'augmentation de salaire des médecins de 30 ou 40 %. «C'est un scandale!» «C'est horrible!» «Les médecins sont égoïstes et gourmands.» Malheureusement, dans les faits, il s'agit plutôt d'un rattrapage salarial face aux autres provinces voisines. Et qui dit rattrapage, dit qu'il y a eu retards pendant plus d'une quinzaine d'années! La réalité est donc que les médecins au Québec ont travaillé longtemps à 60 % du salaire de leurs confrères canadiens. Pendant toutes ces années où nous étions moins bien payés, il n'y avait personne pour nous pleurer (et encore moins, ce qui est bien plus grave, pour simplement nous remercier).

Pourquoi le rattrapage salarial a-t-il été nécessaire? Parce que de plus en plus de gens quittaient vers d'autres provinces ou pays. Vous souvenez-vous, il y a à peine quelques années, on parlait à grands cris de l'exode des cerveaux, (des médecins que l'on perdait à la fin de leurs études pour d'autres lieux plus cléments), un phénomène qui allait en grandissant rapidement? On a donc eu deux choix; soit on acceptait qu'ils quittent, soit on leur donnait un salaire moindrement attrayant. Mais on ne peut, malheureusement, avoir les deux.

De plus, l'année dernière, monsieur Barrette a crié dans tous les médias que les médecins étaient paresseux et ne travaillaient pas assez. Que c'était de leur faute si les patients attendaient, n'avaient pas accès à des soins de qualité. Brassés de tous bords tous côtés, les médecins se sont réveillés, ont retroussé leurs manches, et, par miracle, en ont fait encore davantage. Voici que comble de l'ironie, à la fin de l'année 2015, toute la société leur tombe sur la tête parce qu'ils ont travaillé plus et ont donc reçu de l'argent supplémentaire qui n'avait pas été prévu par le ministère de la Santé! Pourtant, le calcul est simple. Quand tu es gestionnaire et que tu engages un travailleur autonome, à qui tu dis «travaille plus», dans toute société normale, ça devrait être à toi de prévoir que tu vas devoir payer davantage. Un plus un, ça fait combien?

Maintenant, notre prochain problème, est l'exode grandissant des médecins vers le privé. Là encore, les médecins le font parce qu'ils se sentent coincés dans un système qui ne reconnaît pas leur valeur et qualités, qui n'exploite pas au mieux leurs connaissances et leurs études, qui les enterre sous la paperasse et les tâches administratives, qui les laisse sans ressources suffisantes pour les aider (système informatique compétent, assez d'infirmières pour les aider). Là encore, on va avoir deux choix: on chiale encore un peu plus contre les médecins «gâtés», ou on regarde les vrais problèmes, les vrais causes de ce nouvel exode.

Le vrai problème est bien simple à comprendre et à résoudre. Nos médecins manquent de support, ils sont impuissants dans un système qui les étouffe. Faites pour une fois une vraie réforme qui placera les médecins au coeur du système de santé, qui leur donnera les outils nécessaires pour traiter leurs patients, et ils ne quitteront plus. Ils n'auront pas besoin d'augmentations de salaire pour rester. Ils se sentiront alors compris, supportés, appréciés.

Guillaume Langlois, médecin de village et fier de l'être

Bécancour

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