Les invasions barbares

Manifestation à Shawinigan.... (François Gervais)

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Manifestation à Shawinigan.

François Gervais

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Le Nouvelliste

Ce n'est pas sans raison que le cinéaste Denys Arcand parlait des invasions barbares au début des années 2000. Il ne s'agit pas d'associer les contestations syndicales actuelles aux attentats terroristes du groupe armé État islamique, mais de rappeler que la barbarie possède plusieurs visages.

Au Québec, il suffit d'écouter les discours et d'observer les comportements de notre intelligentsia syndiquée, c'est-à-dire privilégiée, pour entendre rugir la bête, celle qui réussit presque toujours à faire disparaître du champ de la conscience l'idée même de bien commun ainsi que les qualités nécessaires à sa réalisation.

Manifestement, la réalité syndicale prend le pas sur la réalité. Nos manifestants ont des droits... et fuck le système, clament-ils, s'il n'est pas en mesure de satisfaire l'appétit des plus qualifiés, voire des plus diplômés. Comme le notait George Orwell dans La Ferme des animaux, il y a des animaux qui sont plus égaux que d'autres. Car le droit des plus vulnérables, notamment le droit des enfants à l'éducation (qui, soit dit en passant, inclut le bon exemple), doit être laissé en suspens au nom de la cause. Aussi personne n'ose rappeler que, de tout temps, les adultes se sont «sacrifiés» pour les enfants alors qu'aujourd'hui nous sommes tellement «évolués» que ce sont les enfants qui doivent «se dépasser» pour comprendre les adultes, et ce, jusqu'à participer aux «chaînes» dites humaines organisées pour faire «plier» le gouvernement.

Et l'on s'étonne dans un tel contexte du besoin sans cesse croissant de spécialistes et de médicaments pour les enfants, sans oublier l'apport significatif des grands-parents.

À propos de la barbarie pédagogique que l'on camoufle derrière toutes sortes de justifications, le professeur Marc Chevrier (UQAM) observe que la crise de l'éducation illustre à merveille les effets pernicieux d'un tel phénomène et révèle comment celui-ci s'est emmêlé à la raison, comme un serpent qui étouffe sa proie. La barbarie devient donc «une donnée latente de la civilisation, qui s'empare des hommes si la distribution des forces dans la société ne peut plus la réfréner». Du même coup, tout indique que nos militants embrassent la même idéologie, celle qui considère l'homme comme un animal qui n'aspire qu'à jouir et qui ramène l'univers aux caprices de ses désirs, perdu dans l'adoration de ce qui l'excite.

Pour solutionner les problèmes dans le domaine de l'éducation, diront certains, pigeons donc dans le Fonds des générations puisque l'essentiel n'a pas de fond. N'y a-t-il pas là une volonté de cécité qui laisse la plupart d'entre nous bouche bée?

La solidarité de classe n'a pas de limites. De sorte qu'il est extrêmement difficile de discuter avec ce genre de militant parce que la ligne d'action adoptée l'oblige à décréter que tout autre témoignage est un mensonge. D'où le caractère de plus en plus ingouvernable des démocrasseries (le mot est de Claude-Henri Grignon) occidentales.

Afin de mieux l'oublier, les autorités accepteront peut-être d'entretenir le cercle vicieux des hausses d'impôt, de taxe et d'emprunt jusqu'à ce qu'un «sauveur» s'impose et décide d'effectuer le grand ménage envers et contre tous. Sous ce rapport, l'histoire moderne est éloquente.

Mais voilà, les intéressés, croit-on, sont nécessairement porteurs d'un avenir radieux, comme si les idéaux n'étaient pas toujours menacés par la tromperie et le désir de domination. C'est pourquoi la morale est beaucoup plus exigeante que la politique et que Tartuffe a des disciples plus dévoués que Socrate, des disciples tellement dévoués qu'ils réussissent souvent à faire taire la morale. À ce sujet, notons que des philosophes du XIXe siècle avaient vu dans les siècles à venir (soit le XXe et le XXIe siècles) le spectacle de la destruction de la morale. Or le XXe siècle leur a donné raison au-delà de ce qu'ils pouvaient imaginer.

Et le XXIe siècle ne fait que commencer... dans des conditions qui rappellent la dangerosité des hommes, qu'il s'agisse des hommes d'ici ou d'ailleurs.

André Désilets

Trois-Rivières

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