L'éducation n'est pas un enjeu comptable

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Quoi qu'on en dise, les compressions des dernières années ont été faites sur le dos des élèves.

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Le Nouvelliste

Nouvelles offres... et autres journées de grèves. A-t-on vraiment le choix? C'est pratiquement tout ce qui reste aux syndiqués des secteurs publics et parapublics pour tenter de se faire entendre auprès d'un gouvernement méprisant qui se fait de plus en plus sourd aux bruits qui ne sont pas les siens. Il n'a rien de positif à proposer, sauf des réaménagements comptables se rapprochant le plus possible du coût nul. Quel objectif!

Sous prétexte qu'il faut respecter la capacité de payer des citoyens. Cette «noble» préoccupation ne faisait pourtant pas partie des inquiétudes du gouvernement au moment d'accorder de généreux rattrapages à l'ensemble des médecins. Est-ce que vraiment la population réprouverait que nous nous donnions les moyens d'un système d'éducation adéquat et performant? 

Je dois dire cependant que les syndiqués de l'éducation ne m'impressionnent guère non plus. Ils jouent en fait le jeu de ce gouvernement et du sbire de ses basses oeuvres, monsieur Coiteux, en ne mettant en lumière que leurs revendications salariales. Bien sûr, tous les employés de l'État, particulièrement ceux des secteurs de l'éducation et de la santé, devraient bénéficier du rattrapage financier qu'ils méritent largement.

Ceci étant, je crois qu'il aurait été peut-être plus habile de continuer à marteler les carences du système et de pousser ainsi le gouvernement à prendre position sur des enjeux fondamentaux de notre société en matière d'éducation. Ils auraient également renforcé leurs appuis populaires qui ont toujours tendance à s'effriter au fur et à mesure que les conflits s'éternisent et qu'ils portent sur les seuls enjeux salariaux.

Les compressions en éducation, qui frisent le milliard pour les cinq dernières années, se sont faites, quoi qu'ils en disent, sur le dos des élèves, en amputant au système des éléments importants de la réussite scolaire. Les aides pédagogiques, les psychologues, les psychoéducateurs, les orthophonistes, les orthopédagogues, les animateurs de vie étudiante, les bibliothécaires, les éducateurs spécialisés dont on ne cesse de réduire le nombre et d'augmenter la tâche, sont tous au service de l'élève et de sa réussite. Alors qu'on tente de nous faire croire que cela ne les affecte pas. 

En ce qui a trait à la stricte question salariale, même si une augmentation substantielle et méritée de la rémunération tombait du ciel gouvernemental, donc de nos poches, cela ne garantirait en rien un redressement plus qu'urgent des carences d'un système qui n'arrive plus à assurer la réussite des élèves. 

Pour ce qui est de la tâche d'enseignement: les classes trop pleines. L'absence de ressources d'appoint, les tâches des enseignants de plus en plus morcelées, la difficulté grandissante de maintenir des équipes-écoles stables, qui payent pour ça en bout de ligne? Les élèves, évidemment.

Alors que les entrepreneurs de tout acabit s'immiscent dans le débat de ce que devrait être l'école en réclamant qu'il faut que notre système d'éducation au complet se mette au service de l'économie, comme le disait récemment Éric Tétreault, porte-parole des manufacturiers et exportateurs du Québec, quels citoyens préparerons-nous?

Si ce gouvernement avait vraiment à coeur l'avenir de la société québécoise, il cesserait sur-le-champ de faire de l'éducation un enjeu comptable. Il ferait lui-même office d'éducateur pour démontrer comment et pourquoi en investissant en éducation nous deviendrions plus prospères économiquement, socialement, culturellement, moralement. Puisque la prospérité d'une nation repose en grande partie sur la qualité des citoyens qui la compose. C'est ce que voulaient les Gérin-Lajoie et autres artisans du rapport Parent. Ce n'est pas parce que cela fait 55 ans que c'est désuet. Les bons principes sont toujours les mêmes. 

Difficile de comprendre que les membres de notre gouvernement, qui sont pour la plupart instruits et qui ont profité d'un bon système d'éducation, se montrent si réticents à offrir à nos propres enfants l'égalité des chances que procure une éducation de qualité.  Il faudrait à ce gouvernement de la vision et du leadership, à tout le moins un autre style de leadership, ce qui lui manque affreusement. Nous en faisons tous les frais.  

Jean-Pierre Sirois

Trois-Rivières

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