Coup d'épée dans l'eau

Le PLC entend légaliser et réglementer la marijuana.... (123RF/epicstockmedia)

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Le PLC entend légaliser et réglementer la marijuana.

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Le Nouvelliste

En réponse à l'article publié le 9 novembre «Légalisation de la marijuana: les intervenants se questionnent».

Un vieil adage dit: «L'homme après s'être nourri, logé et vêtu a commencé se divertir, dont l'usage de substances psychotropes». Que l'utilisation d'élixirs et autres substances euphorisantes inhibitrices, désinhibitrices ou psychédéliques soit considérée comme malsaine, il y aura toujours un marché tant qu'il y aura des usagers.

En 1988, près des deux-tiers des échantillons de drogues obtenues sur le marché noir qui ont été vérifiées par la Fondation de la recherche sur la toxicomanie de l'Ontario étaient différents de ce que le vendeur avait prétendu. Cela signifie que près de deux fois sur trois, la drogue achetée sur le marché noir n'était pas ce que la personne croyait avoir acheté. (Santé et Bien-être Canada 1990).

En 1989, le ministère de la Justice hollandais, appuyé par le ministère de la Santé, lors de la conférence des Nations unies sur les toxicomanies et le trafic de drogues illicites, expliquait les objectifs de leur politique sur les drogues en ces termes: «Nous donnons la priorité aux services dont la fonction, l'intégration sociale et l'amélioration de la santé des toxicomanes sans nécessairement mettre fin à la toxicomanie parce que plusieurs toxicomanes ne sont pas prêts ou pas encore capables de mettre fin à leur habitude. C'est dans cet esprit que les Hollandais ont été les premiers à offrir un programme d'échanges d'aiguilles pour contrer le sida; grâce à leur stratégie préventive, leur taux de sidéens est un des plus bas parmi les pays industrialisés.

Dès 1972, la Commission canadienne d'enquête sur l'usage non médical des drogues avait recommandé que davantage d'efforts policiers soient concentrés sur les crimes d'importation et de culture de drogues entraînant une forme pharmaco-dépendance, plutôt que sur les offenses de simple possession. Elle avait aussi recommandé la dépénalisation de la simple possession du cannabis.

En 1980, Jean Chrétien, alors ministre de la Justice, avait promis des amendements à la Loi concernant le cannabis. Cela n'a jamais eu de suite.

Nous sommes maintenant en 2015; quelle réflexion devons-nous engager relativement à ce coup d'épée dans l'eau qu'est la guerre à la drogue contre le simple utilisateur mobilisant le personnel policier, juridique et pénitentiaire? Il y a matière à s'interroger sur la pertinence du programme américain Drug free nation ou son penchant québécois Tolérance zéro.

En 1993, j'ai visité quelques capitales d'Europe dont Amsterdam en Hollande. J'ai alors appris que c'est l'État qui contrôle la culture et l'approvisionnement des quelque 450 points de vente sur le territoire hollandais. Chacun des «dépanneurs spécialisés» reçoit mensuellement un quota maximum de marijuana. De plus, une taxe est imposée sur la vente au détail par et pour l'État. Si le marchand écoule son stock avant le terme des 30 jours, il doit attendre le premier jour du mois suivant pour son approvisionnement.

La politique hollandaise en matière de drogues est pragmatique, mais pas nécessairement logique. Les Hollandais estiment cependant que les autres politiques ne sont pas plus logiques que la leur. La seule différence c'est que la leur a plus de succès. Cette tolérance n'est attribuée qu'au cannabis. La possession, la fabrication et la vente de drogues dites dures restent illégales; du moins à l'époque où j'y étais.

N'allez pas interpréter ma réflexion concernant le cannabis comme une aubade à ce psychotrope, ni qu'elle a pour objectif d'encenser ou de stigmatiser sa consommation.

J'ai exploré quelques substances lors de mon adolescence sans plus. Ce sentiment de perte ou de modification de la pensée et des sensations ne me plaisait pas.

À l'âge adulte, j'ai exercé le métier de policier pendant 33 ans, dont 25 à la section des enquêtes criminelles. J'ai aussi étudié à l'Université de Sherbrooke en toxicomanie pour comprendre l'alcoolisme de mon père. Diplôme en main, je me suis mis à m'impliquer en prévention de la toxicomanie à titre de conférencier et de formateur.

Alain Giguère

intervenant en toxicomanie

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