Du changement, vraiment?

Justin Trudeau... (La Presse Canadienne)

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Justin Trudeau

La Presse Canadienne

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Le Nouvelliste

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, présentait son Conseil des ministres le 4 novembre à l'occasion de la cérémonie d'assermentation devant le gouverneur général et digne représentant de la reine Élisabeth II à Rideau Hall.

La cérémonie parfaitement mise en scène pour la télévision ne doit toutefois pas faire écran à la triste réalité en continu qu'elle révèle. Bien sûr, le gouvernement Trudeau compte seulement 31 ministres (sept Québécois et un Acadien bilingues et 23 Canadiens unilingues). Bien sûr également, il se construit autour d'une parité hommes-femmes qui respecte la répartition régionale d'un océan à l'autre. Les commentateurs et analystes médiatico-politiques ont tous salué ce tour de force, nous annonçant, par la même occasion, un «vent de changement» historique qui «ramène le Québec à Ottawa!». Comme si la rhétorique donnait à voir la transformation radicale de la réalité canadienne. Pourtant, tout indique que rien n'a changé et que rien, dans les faits, ne changera.

La réalité politique du Canada de Justin Trudeau telle que consolidée par la nomination de son conseil des ministres traduit une volonté aussi vieille que le rapatriement de la Constitution, et aussi rafraîchissante que le Clarity Bill de Stéphane Dion, de «mettre le Québec à sa place». Avec la nomination de Jean-Yves Duclos (Famille, enfants et développement social), Mélanie Joly (Patrimoine canadien), Marc Garneau (Transports), Marie-Claude Bibeau (Développement international et Francophonie) et Diane Le Bouthillier (Revenu national), monsieur Trudeau, qui s'est gardé le privilège des Affaires intergouvernementales, s'inscrit dans la plus pure tradition fédérale. En effet, tous les portefeuilles confiés à des élus du Québec constituent des ministères à travers lesquels se déploieront les éternels enjeux de la quadrature du cercle liés aux débats sur les compétences provinciales. Tous les porteurs de dossiers québécois au sein de ce gouvernement fédéral occupent un ministère qui aura pour mandat de composer avec son alter ego québécois. Une fois de plus, la stratégie de minorisation de l'intérieur se déploie sous une pluie d'applaudissements qui consacre notre asservissement.

Ainsi, les ministres du Québec au Canada pourront faire les sales besognes pour faire plier les genoux des ministres du Québec au Québec. Entre libéraux, à Québec et à Ottawa, rien ne sera laissé au hasard pour faire du Canada le plus beau pays du monde. Quand on ne peut choisir son maître, on s'efforce de choisir sa pitance.

Le vent de changement tant annoncé risque malheureusement de traduire les effets les plus néfastes des changements climatiques sur l'ensemble des enjeux qui frappent le développement du Québec.

Yvon Laplante

Professeur au Département de Lettres et communication sociale, UQTR

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