Il faudra bien se délester du multiconfessionnalisme

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Le Nouvelliste

Parfois, j'ai l'amer sentiment que l'humanité semble sur la voie de perdre son combat sur l'obscurantisme religieux quel qu'il soit, et ce, en raison de son refus de redéfinir l'équilibre entre les libertés individuelles et les libertés collectives.

Les notions de liberté telles que nous les connaissons et qui encore aujourd'hui balisent de nombreuses décisions dans nos sociétés occidentales, ont été écrites au 18e siècle, alors que la population humaine mondiale n'avait pas encore atteint le milliard et que la notion de multiculturalisme n'existait tout simplement pas.

Aujourd'hui, au nom d'un relativisme culturel militant, nous nous interdisons toutes critiques et tous jugements sur les pratiques et coutumes, alors que certaines d'entre elles minent les fondements mêmes d'une vision culturelle humaniste reposant sur des principes universels tels que la démocratie, les droits de l'homme (et surtout ceux de la femme), la laïcité, la liberté d'expression et d'information, et les droits à l'éducation, à la nourriture et à la sécurité.

Cependant, il existe un maillon faible aux principes universels que nous défendons et auxquels nous tenons: celui de la liberté de religion. Alors que tous les autres principes reposent sur des cadres factuels ou légaux, la liberté de religion permet la pratique par des personnes - et l'obligation d'acceptation par les autres - d'une vision et de dogmes théocratiques laissés à l'interprétation de quelques élus, et qui viennent heurter une forme définie et reconnue d'égalitarisme et de laïcité dans nos sociétés.

Il serait naïf de croire qu'il pourrait exister une conceptualisation universellement reconnue du monde, et surtout des croyances. Par contre, il serait souhaitable d'affranchir les principes universels des exigences d'acceptation et d'accommodation liées aux pratiques et aux dogmes religieux. Nul n'est besoin de croire en une forme ou une autre du divin pour justifier des principes tels que l'égalité entre les hommes et les femmes, le droit de l'enfant à l'éducation et à la protection, le droit à la justice pour tous, le droit à l'intégrité physique et psychologique. Tous ces principes reposent sur l'évolution de la pensée humaine et non sur l'imposition de diktats religieux figés dans un dogmatisme archaïque qui briment l'humanité de son libre-arbitre.

L'expression ostentatoire de l'appartenance religieuse n'a tout simplement plus sa place dans nos sociétés. Le multiculturalisme, s'il veut survivre, doit libérer tous les espaces publics du multiconfessionnalisme qui freine le vivre-ensemble. Les croyances religieuses ne sont pas des traits exclusifs, voire exhaustifs, avec lesquels les cultures se définissent: les Norvégiens protestants ont peu de traits culturels communs avec les Australiens (majoritairement protestants eux aussi); il en est de même pour les musulmans du Maroc et ceux d'Indonésie. La culture d'un peuple est une chose, sa religion en est une autre. Si nous croyons que le multiculturalisme est viable - et j'en suis - il faudra un jour ou l'autre l'obliger à se délester du multiconfessionnalisme et des manifestations religieuses ostentatoires dans l'espace public. Évidemment, ceci s'applique à toutes les religions.

Gilbert Mercure

Trois-Rivières

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