La grève, la grève...

«Soyez assurés que jamais, jamais je ne ferai... (Stéphane Lessard)

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«Soyez assurés que jamais, jamais je ne ferai payer le gros prix à mes bénéficiaires, vos parents, tantes, oncles ou autres.»

Stéphane Lessard

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Le Nouvelliste

La grève, la grève... C'est pas une raison pour se faire mal!

Le mercredi 28 octobre dernier, de soir, j'ai été dans l'obligation de délaisser mon travail pendant 45 minutes parce que la majorité avait voté. J'ai dit non, mais je conçois que je dois suivre la majorité parce que je vis dans une société démocratique.

Alors j'ai délaissé les résidents pour qui j'ai de l'affection, j'ai brimé la qualité des soins que j'ai donnés cette soirée-là parce que je me suis courue à droite et à gauche pour combler les manques. Il faut bien que la médication soit donnée! Il faut bien que les bénéficiaires mangent à leur faim! Il faut bien que leur culotte soit changée et qu'ils soient couchés pour la nuit avant les petites heures du matin!

On a comblé les besoins de base sans trop de problème, mais on a délaissé les émotions, l'aspect psychologique des soins et le bien-être global des résidents.

Cette soirée-là, je l'ai vécue à cent milles à l'heure parce que je refuse que les bénéficiaires pour qui je travaille écopent. Parce que eux, ils n'ont pas voté pour qu'on fasse une grève. Cette soirée-là, j'ai écouté les doléances des familles tout en alimentant trois personnes à la fois, j'ai répondu à l'appel de détresse d'un résidant souffrant tout en cherchant une solution pour que toutes mes équipes de travail n'aient pas à se courir comme je le fais.

Ça c'est bien passé, somme toute, sans trop d'anicroches. Avant de quitter, j'ai remercié sincèrement les membres de mes équipes de travail pour leur acharnement, leur présence et leur sourire. Et je compte dans mes collègues de travail les cadres qui sont venus nous aider, parce que oui ils travaillent avec nous, en équipe.

Malheureusement, en arrivant à la maison, exténuée, j'ai lu sur les réseaux sociaux des messages désobligeants envers ces cadres: «Où ils étaient, eux?», «Ils cherchaient plus à s'assurer qu'on prenne pas plus que nos43 minutes de grève!», «On voit bien qu'ils s'en foutent de nous!». Malheureusement, ces cadres sont des êtres humains comme vous et moi. Ils ont deux jambes, deux mains et une tête. Ils ne peuvent pas combler un manque de préposés en même temps que l'absence d'une infirmière auxiliaire et d'une infirmière. Et ils ont aussi leur travail à faire : écouter les familles, assurer la sécurité des bénéficiaires du réseau de la santé, gérer les horaires et les paies.

Alors à tous les cadres, je dis un gros merci! Merci d'être présents, merci d'endurer la grève et ses répercussions, merci de faire tout votre possible pour que les bénéficiaires ne soient pas des victimes de la grève.

Soyez assurés que je ne soutiens pas totalement les mesures gouvernementales.Et soyez assurés aussi que je me tiendrai toujours informée pour avoir une opinion libre et entièrement éclairée sur la situation actuelle au Québec. Soyez assurés que jamais, jamais je ne ferai payer le gros prix à mes bénéficiaires, vos parents, tantes, oncles ou autres.

Audrey-Anne Thibault

Infirmière clinicienne au CIUSSS-MCQ

Notre-Dame-du-Mont-Carmel

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