Au nom du père et du fils

Le premier ministre désigné, Justin Trudeau....

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Le premier ministre désigné, Justin Trudeau.

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Le Nouvelliste

L'élection du 19 octobre a porté au pouvoir de façon décisive et majoritaire le Parti libéral du Canada. S'inscrivant dans la franche lignée de son père Pierre Elliott Trudeau, le fils du multiculturalisme canadien trône au second étage de la hiérarchie du pays, tout juste en bas du saint siège de la reine d'Angleterre.

Si d'aucuns ont été surpris par la déferlante vague rouge d'un océan à l'autre, pour les analystes politico-médiatiques, l'arrivée de Justin Trudeau consacre à la fois un recentrage idéologique, un attachement profond aux valeurs sanctifiées portées par la Charte des droits et libertés individuelles, une victoire sans équivoque d'une volonté de changement et une liquidation (annoncée depuis le jour premier de la campagne!) de la pertinence du Bloc québécois. 

En toute mauvaise foi (il vaut toujours mieux s'administrer les premiers coups de fouet, ils donnent l'impression que les suivants font moins mal), nous pouvons analyser que la campagne électorale du PLC s'est inspirée d'un livre de recettes à faire pâlir la prose toute nationale de Jehane Benoît. Tous les ingrédients ont été réunis pour faire saliver les gastronomes du terroir canadien. À cet égard, le prochain mandat du PLC annonce moins le changement que le retour à une conception de la nation inspirée par la relativisation des cultures, des croyances, des langues et des légitimités.

 Justin Trudeau peut clamer que le «futur est devant nous», l'encre avec laquelle ses stratèges ont écrit ses discours est aussi vieille que l'histoire du Canada. Pas celle qui nivelle au plus petit dénominateur commun, non plus que celle qui a contribué à en faire «le plus beau pays du monde», mais bien celle d'un pays qui n'en est pas un. Il faudra le dire, le redire, l'écrire, le chanter, le peindre et le danser, le Canada du multiculturalisme que scande le PLC est celui qui participe à nier l'existence du Québec, en lui-même et au sein de la Confédération canadienne.

Les amnésiques devront se rappeler qu'au cours de l'histoire récente, ce même PLC, guidé par le père et le «mononc», a concocté la nuit des longs couteaux, piloté le rapatriement de la Constitution de laquelle le Québec est toujours exclu, mis à jour le Clarity Bill de Stéphane Dion pour casser les indépendantistes et élaboré le sinistre plan B d'après référendum 1995 dont le déploiement risque de s'accélérer. 

La méthode est connue et éculée qui dure depuis près d'un siècle: mettre un chef québécois à la tête du Canada pour administrer une politique d'oblitération de la nation québécoise. Ainsi, l'ancien ennemi anglais de la colonisation change de visage pour prendre les traits d'un compatriote qui participe à l'aliénation identitaire du peuple, du territoire et des intérêts qu'il est censé représenter et défendre. Tous les militaires savent pertinemment que rien n'est plus atroce que la mort au front, une balle dans le dos. La loyauté a son prix, mais nul ne peut servir deux patries.

 Pour les indépendantistes, l'élection du 19 octobre doit être une occasion supplémentaire de lutter contre le temps des misères. La tâche restera ardue, mais stimulante. L'entreprise idéologique qui continue de se déployer à Ottawa et à Québec à coups d'austérité, de pillages éhontés et de travestissements des enjeux causera des dommages collatéraux qu'il faudra nommer, décrier et refuser. À ce titre, c'est jusqu'à «soixante-dix-sept fois sept fois» qu'il faudra remettre sur notre travail, pour argumenter, convaincre et dévoiler. 

 N'en déplaise aux cyniques, le cynisme se combat. S'il s'est construit de père en fils, il peut se vaincre de pères et de mères en fils et en filles, de toutes origines, qui ont pour seul pays, de naissance ou d'adoption, le Québec. 

Yvon Laplante

professeur au département des lettres et communication sociale

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