Il faut contingenter

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Le Nouvelliste

En réponse au ministre de l'Éducation, François Blais, concernant la présence de candidats trop faibles dans les programmes de formation universitaire en enseignement.

Dire que les étudiants trop faibles dans les programmes de formation universitaire en enseignement sont la cause des maux en éducation est une erreur, monsieur Blais. Ce n'est qu'effleurer un problème beaucoup plus large. Par contre, dans ce cas-ci, vous pointez une solution qui pourrait être pertinente pour les étudiants en voie d'insertion professionnelle: celle du contingentement des programmes universitaires en enseignement.

Les enseignants en début de carrière vous le diront. Les postes sont rares. Dans mon propre domaine d'enseignement, qui est l'univers social au secondaire, il y a peu de disponibilités d'emplois présentement. Plusieurs de mes collègues reçoivent du chômage et attendent actuellement, chez eux, qu'on les appelle. Le pronostic? Cela prendra environ dix ans avant de pouvoir obtenir une permanence. Soyez patients.

Pour des raisons de confidentialité, il m'est impossible de révéler le nombre de personnes inscrites en enseignement dans l'université que je fréquente. Cependant, je peux vous assurer que ces étudiants sont trop nombreux pour les postes disponibles. Quelles sont les conséquences à venir? Non seulement, les Québécois participent financièrement à la formation des futurs enseignants, ils contribueront aussi aux prestations de chômage que ces mêmes enseignants obtiendront puisqu'ils n'arriveront pas à travailler. Vous ne trouvez pas cela paradoxal?

Logiquement, nous pointerons du doigt les universités québécoises qui ouvrent leurs portes à un nombre trop élevé d'étudiants comparativement au taux de placement dans ce domaine. Concernant ce taux de placement, je dois cependant relever un autre détail. Une simple recherche Google vous présentera des perspectives d'emploi intéressantes et un taux de placement excellent en éducation. Cependant, il semble nécessaire de mentionner que ce taux de placement comprend tous les enseignants obtenant un emploi dans le domaine de l'éducation, le plus souvent dans une commission scolaire, incluant ainsi les enseignants suppléants.

Un enseignant actuel ayant un bon sens de la débrouillardise et d'adaptation pourra travailler comme suppléant. Obtenir un contrat ou un poste est une toute autre histoire... Or, ce que nous souhaitons, en tant qu'enseignants, c'est d'obtenir ce contrat ou ce poste qui nous mènera enfin à une certaine stabilité d'emploi. Ce détail est alors à considérer lorsque nous abordons le sujet des taux de placement.

De surcroît, j'ajouterais aussi que la population de futurs enseignants ne se compose pas seulement d'étudiants des programmes de formation en éducation. Depuis quelques années, les universités québécoises proposent des programmes de second cycle en enseignement. Une maîtrise davantage «pratique», où les professionnels d'autres domaines peuvent obtenir un brevet d'enseignement. Un programme pratique pour les professionnels en réorientation de carrière. Un programme qui permet du même coup à d'autres futurs enseignants de vivre une problématique sur le plan de l'insertion professionnelle.

Considérant cette importante population d'enseignants et de futurs enseignants sur le marché du travail, il semble nécessaire de se questionner sur la valeur du diplôme universitaire... J'ajouterais aussi que socialement, les contribuables se retrouvent encore face à une autre problématique. Celle-ci cible l'augmentation des étudiants-enseignants poursuivant leur parcours universitaire au deuxième cycle. Ces nouveaux enseignants qui n'arrivent pas à trouver d'emploi dans leur domaine et décident de poursuivre leurs études. Une autre augmentation qui coûte financièrement cher à l'État et qui perpétue, encore une fois, l'augmentation de la dévaluation du diplôme universitaire.

Vous me trouverez peut-être pessimiste, mais je ne suis pas la seule... En définitive, je crois que la population enseignante a un besoin de contingentement qui doit prendre sa source directement dans les universités québécoises. En pratique, imposer une cote R minimale est déjà chose faite, monsieur Blais. Il n'y a rien de nouveau dans ce que vous proposez. Imposer une entrevue? Je ne suis pas certaine et je ne crois pas non plus avoir les compétences pour me positionner sur le sujet. Quoi qu'il en soit, il est clair qu'un élagage suffisant de la population étudiante ne se produit pas naturellement dans les programmes universitaires de formation en enseignement. Il faut agir.

D'une enseignante en histoire au secondaire passionnée,

Laurence Dugré

Trois-Rivières

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