Un discours fallacieux

Une femme vêtue d'un niqab... (Photo Archives, Agence France-Presse)

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Une femme vêtue d'un niqab

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Le Nouvelliste

Des États sont érigés sur divers piliers culturels, dont ceux du machisme et de la misogynie, puisque là des hommes se sont donné le droit de contrôler la destinée de leurs femmes en les opprimant, en les violant ou en les tuant. En Occident, le symbole visible de cette haine se concentre surtout sur ces vêtements prétendument religieux que portent certaines femmes musulmanes: le niqab ou la burqa.

J'ai longtemps eu des sentiments mitigés au sujet de ces vêtements et des différents accommodements, raisonnables ou non, consentis aux femmes qui les portent. Je n'arrivais pas à me faire une opinion juste. Aujourd'hui, je considère que ces vêtements constituent un symbole d'oppression pour certaines femmes; la logique me pousse à croire qu'ils sont portés pour trois raisons: pour affirmer son identité religieuse, par crainte d'être châtiée par les hommes de sa famille ou par sa communauté (rejet, violence, mort), ou comme écran de protection psychologique par crainte de se montrer en public après des années à s'être fait traiter comme des êtres abjects et indignes.

Har«peur» et ses stratèges jouent avec nos émotions; ils savent que ce vêtement réincarne un retour en force de ce dont nous nous sommes affranchis et qu'il constitue aussi un affront à notre identité collective qui est foncièrement laïque et qui promeut l'égalité entre les hommes et les femmes. Ils tentent de nous convaincre que les valeurs des Québécois sont les priorités du gouvernement et «qu'il faut se tenir debout pour nos valeurs fondamentales» (publicité de Dominic Therrien, candidat conservateur à Trois-Rivières).

Quelles sont ces valeurs, celles d'un peuple qui s'attaque à des femmes vulnérables? Laisser des conservateurs de l'Ouest nous définir ainsi serait renier nos vraies valeurs fondamentales que sont l'ouverture sur le monde, la générosité et l'empathie. Si nous sommes d'accord avec l'idée que des femmes se voilent pour les trois raisons mentionnées plus tôt, nous devons nous assurer que nos réponses collectives répondent à leurs différents besoins. Pour ces femmes croyantes qui portent ces vêtements par conviction, la Constitution canadienne nous impose le devoir d'effectuer des accommodements raisonnables, comme celui de prêter serment le visage voilé après avoir été préalablement identifiées. Agir autrement exigerait sans doute des changements à la Constitution. D'ici là, il semble tout de même impératif d'éviter tout accommodement déraisonnable pour plaire à des intégristes et il est plus que jamais nécessaire de demander à ces dames: «Allez-vous forcer vos filles à porter le niqab ou la burqa?» Et quant aux femmes qui se sentent opprimées ou qui sont psychologiquement fragiles, aidons-les, car les priver de leur citoyenneté canadienne ne peut en aucun cas favoriser leur émancipation.

Évitons de sombrer dans ce discours politique fallacieux des conservateurs et des bloquistes qui consiste à forcer les femmes opprimées à se dévoiler durant la cérémonie d'assermentation pour ensuite les laisser souffrir en silence. Belle hypocrisie!

En réalité, Har«peur» et les siens méprisent le Québec. Ils considèrent que nous sommes dépourvus de jugement, que nous nous laisserons guider par nos émotions et nos bas instincts et que nous ne verrons pas clair dans leur jeu. Malheureusement, nous tendons à leur donner raison, car nous donnons l'image d'une meute en furie qui s'acharne sur ces dames au sort triste ayant vécu toute leur existence dans une culture de mépris. À notre tour, nous les accueillons avec hargne. En agissant ainsi, nous démontrons que nous ne valons pas mieux que ces lugubres personnages habitant ces pays qui forcent les femmes à se voiler pour respecter leurs valeurs misogynes. Les conservateurs savent qu'ils ne gagneront pas de votes avec le niqab. Leur stratégie consiste à aider les bloquistes à diviser le vote avec le NPD et les libéraux, ce qui pourrait permettre à certains candidats conservateurs de se faufiler vers la victoire.

Ne soyons pas dupes, car une fois que l'État nous dit comment nous habiller, il pourrait ensuite être tenté de nous dire comment agir ou comment penser; la publicité de Dominic Therrien étant éloquente à cet égard.

Sean Gayadeen, Shawinigan

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