Le gouvernement abuse-t-il du système?

La possibilité de sabrer le programme d'assurance parentale... (Photo Martin Chamberland, Archives La Presse)

Agrandir

La possibilité de sabrer le programme d'assurance parentale ayant été vivement rejetée par les députés libéraux, le gouvernement Couillard se tourne vers l'aide sociale et le travail pour y pratiquer des coupes qui permettront d'épargner plus de 200 millions.

Photo Martin Chamberland, Archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Nouvelliste

Mon travail a ses bons côtés. Oui, je suis extrêmement chanceux de pouvoir rencontrer des bonnes personnes à chaque jour; des gens qui travaillent dans d'autres organisations avec lesquelles j'ai à communiquer et des personnes qui demandent de l'aide à l'employeur où je travaille.

Dernièrement, j'ai eu la visite d'une personne qui a vécu une situation spéciale. Elle a été coupée par l'aide sociale parce qu'elle a déposé dans son compte de caisse... son chèque d'aide sociale. Je sais, quelle imprudence, me direz-vous, que de déposer de l'argent dans son compte. Surtout quand c'est son argent!

Trêve d'ironie. La personne dont je vous parle a déposé son chèque dans son compte, mais, en fait, de petits montants à la fois. Au départ, il faut savoir que l'aide sociale dépose directement les montants dans les comptes des personnes. Ayant déjà des difficultés financières et un compte presque à sec, cette personne avait donc retiré son chèque le jour même où il avait déposé, pour s'assurer d'avoir de la liquidité rendu aux dates de paiements des factures importantes, comme le loyer et l'électricité.

Un jour, l'aide sociale lui a demandé ses relevés de compte. Elle a cru que cette personne avait des revenus, parce qu'il y avait des dépôts régulièrement dans son compte, pour plusieurs mois consécutifs. Elle a donc été coupée par l'aide sociale. Quand on essaie de s'en sortir, on se fait parfois repousser dans le trou. Et, c'est malheureux à dire, mais, dans ce cas-ci, c'est l'aide sociale qui l'a fait pour cette personne.

Le journal Le Devoir a publié cet été une série de trois articles sur l'aide sociale. Un de ceux-là portait justement sur le même genre de situation que je viens de décrire.

De notre côté, on reçoit une plus grande quantité de demandes d'aide de personnes qui sont sous enquête à l'aide sociale. L'exemple mentionné plus haut en fait partie. Ce qu'on observe, c'est que lorsqu'il y a un soupçon de fraude, l'aide sociale demande aux gens de prouver leurs dires (et il faut que la preuve soit solide), sinon - dommage pour eux - ils sont coupés. Cela va à l'encontre d'un principe de droit au Québec et au Canada: nous sommes innocents jusqu'à preuve du contraire. L'aide sociale semble au-dessus de ce principe.

Par ailleurs, nous constatons qu'il est plus difficile de représenter quelqu'un à l'aide sociale, à cause de toutes les mesures mises en place pour assurer la «sécurité des informations» et «l'efficacité du système». C'est tout aussi compliqué et difficile pour les gens à l'aide sociale d'avoir accès à toutes les informations dans leur dossier. Imaginez maintenant comment c'est dur pour eux de se défendre. Est-ce que cela est mis en place pour décourager les gens, pour qu'ils ne veulent plus demander d'aide sociale? L'aide sociale est une aide de dernier recours. C'est aussi un droit. Il est très discutable, dans notre société, d'en restreindre l'accès à ceux qui ont besoin de ce revenu.

La Presse annonçait en août que «L'insécurité alimentaire d'un ménage est un solide indicateur de l'utilisation et du coût des services de santé» (selon Valerie Tarasuk, professeure au département de sciences nutritionnelles à l'Université de Toronto). L'article allait plus loin en disant que plus on est pauvre, selon une étude réalisée en Ontario, plus cela coûtera cher au système de santé, donc au gouvernement. Dans «ce contexte budgétaire difficile», on peut se demander si le temps est venu de penser à ce que le revenu minimum garanti soit établi pour permettre à tous de combler leurs besoins essentiels. C'est d'ailleurs ce qu'on revendique au MASSE des Chenaux (le Mouvement d'action solidaire des sans-emploi des Chenaux).

Le gouvernement est au courant de toutes ces informations. À un moment donné, on est bien obligé de se poser la question: le gouvernement abuse-t-il du système ? Dans «ce contexte budgétaire difficile», on peut aussi se demander s'il faudrait le couper...

Pierre Blanchet, coordonnateur

MASSE des Chenaux

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer