Voter mou ou voter vrai?

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Le Nouvelliste

À vingt ans, j'avais beaucoup de temps devant moi et tout me semblait pressant. Je trépignais d'impatience. À soixante-dix ans, il ne me reste que peu de temps et, pourtant, me voilà moins pressé qu'à vingt ans. Je savoure une à une mes dernières gorgées de bière.

À vingt ans, j'aurais voté stratégiquement. Je n'aurais pu supporter l'idée de voir se prolonger le règne actuel. J'aurais indifféremment voté libéral, néo-démocrate ou bloquiste. Ce n'est pas pour un homme, un parti, un programme que j'aurais voté, c'est une arme de destitution massive que j'aurais choisie. Cela aurait été voter sans conviction autre que celle d'être contre. Ça aurait été voter mou.

Mais voilà, il ne m'importe plus tant d'entendre tonner le canon qui déloge les vieux monarques, et aussitôt célèbre les nouveaux, que de faire entendre ma voix, si faible soit-elle, la seule voix que j'ai. Je veux que mon vote soit vrai et qu'il dise ma foi, mes croyances, mes valeurs, qu'il ne soit pas qu'un cri d'impatience. Je ne veux pas tant voter contre le petit père que pour la justice sociale, le développement durable, le respect de l'environnement. Je vais voter vrai. Je vais voter vert.

À force de voter contre, on en est arrivé à ne plus pouvoir voter pour et nous avons fait de la démocratie une mécanique d'alternance, un grand bateau à bascule qui va et qui vient et qui nous étourdit et nous donne le vertige; un manège, un bateau pirate comme à la Ronde. Nous nous donnons l'illusion d'un voyage palpitant alors que nous sommes maintenus solidement en place dans l'axe de l'extrême centre. Et quand, au terme d'un balancement, un mandat, nous atteignons le point mort, une élection, ceux que nous n'élisons pas profitent de ce moment d'apesanteur pour remplacer ceux que nous détrônons.

Je refuse l'alternance molle, l'illusion démocratique. Je refuse de me taire. Et voter contre, ce serait taire mes croyances. Je refuse de mentir et de voter à l'encontre de mes croyances, même pour destituer le prince, ce serait mentir. Si je veux qu'advienne un jour autre chose que l'alternance, autre chose que l'extrême centre, je dois le dire. Je dois voter vrai. Et être patient, le temps qu'il faudra.

André Hamel

secteur Grand-Mère

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