Combattre le cynisme

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Le Nouvelliste

Chaque lancement de campagne électorale laisse planer une odeur de cynisme chez certains électeurs. D'un autre côté, des voix s'élèvent afin de réformer notre mode de scrutin. L'opposition sortante l'inscrit dans son programme électoral. Pourtant, une fois au pouvoir, la volonté de vrai changement s'estompe, alimentant le cynisme à nouveau.

Lors de la dernière élection provinciale, j'écrivais que notre mode de scrutin actuel était désuet et que nous nous trouvions dans le peloton de queue quant à la modernisation de notre système électoral. Pourquoi? Pourquoi ne voudrions-nous pas que chaque vote compte? Ou favoriser le pluralisme politique par rapport à la partisanerie? Cette fois-ci, je me pencherai donc sur les épouvantails qui sont brandis lorsque le sujet du vote proportionnel est soulevé.

D'abord, le vote proportionnel divise le vote et rend donc plus instables les gouvernements minoritaires. Pourtant, lorsqu'on s'attarde sur les législatures qui ont adopté l'un des scrutins proportionnels, l'argument de l'instabilité des législatures ne tient pas la route. Par exemple, l'Allemagne, où la moitié du Bundestag est composée par scrutin proportionnel pour les partis ayant récolté au moins 5 % des voix, est une république fédérale depuis 1949. La durée moyenne des cabinets est de 1066 jours ou 2,92 ans. Au Canada, durant la même période, les gouvernements se sont succédé en moyenne à tous les 2,72 ans ou 992 jours. Pour la Norvège, c'est plutôt 1187 jours ou 3,24 ans, et ce depuis l'adoption de la représentation proportionnelle en 1945. Je rappelle, c'est le Canada qui est supposé être stable, et l'Allemagne et la Norvège en instabilité.

Ensuite, le vote proportionnel favorise l'élection des tiers partis. Parmi ces tiers, l'extrême-droite et l'extrême-gauche peuvent faire élire de leurs membres et donnent donc une voix à des minorités. Les Pays-Bas, avec Geert Wilders, est un bon exemple de distorsion. Par extension, certains craignent que des minorités religieuses puissent proposer des aberrations démocratiques, comme la primauté du religieux sur le droit. D'autres brandissent que le nazisme n'était supporté que par 7% de la population allemande (sic). Cette pente savonneuse est un faux argument.

De peur de perdre une partie de notre démocratie, nous devrions tolérer des aberrations encore plus grandes, comme gouverner majoritairement alors qu'une minorité des votes est allée pour nous? En démocratie, il est sain et habituel de débattre. Nous devrions encourager les débats publics ouverts. Ces débats doivent aussi se faire à l'Assemblée nationale. Plus de partis politiques, c'est plus d'idées et moins de gens campés sur leur position nécessairement partisane. De toute façon, nous voulons que les minorités participent aux débats et non pas qu'elles en soient le centre. Comme le disait Paul Cliche, «[le scrutin proportionnel] comporte un puissant élément mobilisateur d'intérêt pour la chose politique». On ne peut pas se permettre de négliger cet élément. Vive le scrutin proportionnel!

Benoit Gauthier, Trois-Rivières

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