Cette crise syrienne

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Washington et une soixantaine de pays européens et arabes sunnites pilotent depuis un an une coalition militaire qui frappe des bastions de l'EI en Syrie et en Irak.

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Le Nouvelliste

Depuis 2011, la guerre en Syrie a fait 250 000 morts, 10 millions de réfugiés et de déplacés et le conflit est loin d'être terminé. Ce conflit a connu trois étapes. D'abord un conflit local qui a dégénéré en guerre civile, pour ensuite englober certains des pays clés du Moyen-Orient. Deux camps se sont alors formés dans le monde musulman.

Les régimes arabes sunnites, réunis autour de l'Arabie saoudite, qui veulent la chute du régime alaouite (chiite) de Bachar El Assad et les régimes chiites relevant de l'Iran qui soutient le dictateur syrien. Le premier (sunnite) en aidant financièrement les rebelles, l'autre (chiite) en fournissant le matériel militaire à l'armée d'El Assad.

Cependant les victoires de l'État islamique (EI) en Irak et en Syrie et sa progression rapide sur le terrain inquiètent et ont poussé la communauté internationale à intervenir pour affronter cette faction extrémiste. En effet, en 2014, une coalition multinationale regroupant les États-Unis, le Canada, la France et l'Angleterre interviennent pour la première fois en Syrie en lançant une campagne de frappes aériennes contre les forces de l'EI.

Aujourd'hui, après plus de quatre années sous les bombes du régime Assad, les violences exercées par les djihadistes du Front islamique, les tireurs embusqués, les drones et les bombardements de la Coalition, qui tuent autant de civils que des djihadistes, la population fuit les morts, les destructions et la pénurie des biens essentiels. On estime le nombre de réfugiés syriens dans le monde arabe et musulman à quelque quatre millions: Turquie (1,9 million), Liban (1,1 million), Jordanie (630 000), Irak (250 000), Égypte (135 000), etc., et un exode sans précédent vers l'Europe. Comment résoudre un tel chaos? Une solution pointe-t-elle à l'horizon? Est-ce qu'une alliance États-Unis/Russie pourrait vaincre l'État islamique? A-t-on oublié que le conflit est à la fois politique et religieux?

Comme en Irak, où les chiites majoritaires ont pris le pouvoir après la chute de Saddam Hussein, aujourd'hui les sunnites majoritaires en Syrie (plus de 70 %) aspirent aussi à prendre le pouvoir. Voilà le dilemme. Les puissances occidentales veulent-elles voir augmenter le pouvoir des chiites ou des sunnites? Avec les chiites, c'est l'influence de Téhéran qui prévaudrait dans le Moyen-Orient tandis qu'avec les sunnites, c'est l'influence de l'Arabie saoudite et des pays du Golfe qui laisseront leur empreinte dans la région, et c'est le salafisme en bout de ligne!

À l'instar de ce qui est arrivé en Irak, l'intervention occidentale ne peut qu'aggraver une situation déjà compliquée en ajoutant encore à la souffrance du peuple syrien. Voyez ce que l'intervention du Canada et de la France a déclenché en Lybie: chaos par absence de contrôle. Cet exemple ne suffit pas? Même si on parvenait à éradiquer l'EI, le problème demeure entier, car on ne combat pas qu'une faction extrémiste mais, je le répète, un problème à la fois politique et religieux. Les sunnites majoritaires en Syrie veulent le pouvoir et veulent installer un califat islamique. Cela s'apparente aux luttes du catholicisme et du protestantisme au XVIe siècle en Europe.

C'est pour cela qu'il n'y a pas de solution ni à court ni à moyen terme à cette crise. Comment combattre rapidement une idéologie? Il faut laisser le temps au temps de faire son oeuvre. C'est pourquoi que pour un tel problème, les interventions occidentales semblent peu productives. L'histoire des peuples n'en est-elle pas une d'un long cheminement? Au 21e siècle, un État islamique installé à Damas, dirigé par la charia, sera obligé tôt ou tard d'assouplir la rigueur de ses lois. Le Printemps arabe n'est pas si loin.

Roger Greiss

Secteur Grand-Mère

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