Les pétroliers et l'eau potable à Bécancour

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Le Nouvelliste

Dans presque sa totalité, la ville de Bécancour s'approvisionne en eau potable dans le fleuve Saint-Laurent. Or, des pétroliers géants circulent actuellement et vont circuler de plus en plus pour sortir le pétrole lourd issu des sables bitumineux de l'Alberta. La voie maritime du Saint-Laurent est pourtant reconnue pour être déjà achalandée et à haut risque en termes de navigation.

Pour Bécancour et 130 municipalités entre Valleyfield et Les Escoumins, il n'y a pas à ce jour de plan pour réagir rapidement en cas de déversements majeurs de pétrole. Pourtant, cette eau qui coule dans le Saint-Laurent est bien l'eau potable qui dessert ces municipalités. Qu'adviendra-t-il de l'approvisionnement en eau potable de ces municipalités, dont Bécancour, s'il y a un déversement de pétrole dans le fleuve?

Les promoteurs et l'industrie affirment que le risque est minime, sinon nul. Par ailleurs, les partisans d'une économie à tout prix disent aux environnementalistes que «le risque zéro n'existe pas» ou que «on ne peut faire d'omelettes sans casser des oeufs». Dans le cas du pétrole provenant de sables bitumineux, un risque faible en fréquence peut se transformer en une catastrophe aux effets incommensurables comparativement à d'autres sources de pollution. Les déversements antérieurs survenus partout sur la planète ont laissé des traces pratiquement ineffaçables. Il nous appartient donc de réfléchir collectivement à l'éventualité d'un déversement de pétrole lourd ou bitumineux dans le fleuve.

Que l'on parle de l'eau que nous buvons, de celle qu'on utilise au quotidien pour l'alimentation des animaux de ferme, pour les entreprises productives (agro-alimentaires et industrielles), pour les restaurants, services, commerces, hôtels, tourisme, écoles, hôtel de ville... il faut bien comprendre qu'elle nous vient en très grande proportion du Saint-Laurent. L'impact sera majeur pour l'économie de Bécancour, touchant à la fois toutes les activités économiques en quelques jours.

Devant une telle situation de crise, la solution dite «cruches d'eau» s'avérerait inefficace et irréaliste à très brève échéance. Juste à l'idée qu'une seule vache consomme cent litres par jour, cette solution transitoire deviendrait rapidement trop coûteuse et nécessiterait une logistique élaborée à partir d'un plan très précis.

Qui va payer pour les inconvénients: les pétrolières, le gouvernement fédéral, la Voie maritime du Saint-Laurent? Quelles seront les alternatives pour les citoyens de Bécancour? Le problème est bien défini; il nous incombe dès maintenant d'établir un plan précis pour contourner les effets catastrophiques et souvent irréversibles d'un éventuel déversement dans le fleuve. La question n'est plus de se demander si cela peut arriver, mais bien quand?

La construction des navires, les techniques avancées de navigation ne pareront jamais à toutes les éventualités. Il faudra toujours garder en perspective l'erreur humaine qui a toujours été dans une large mesure la source de catastrophes environnementales.

Le risque est bien réel et c'est toute l'économie de Bécancour qui risque de subir des conséquences économiques majeures à long terme: coûts liés aux dégâts, les coûts d'approvisionnement d'eau durant la transition, le choix d'une nouvelle source d'eau potable, la mise en place de nouvelles infrastructures... Que devons-nous faire comme citoyens et élus?

Laurent Deshaies, géographe

Bécancour

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