Un scénario peu appétissant

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Ginette Gagnon
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Après tous les efforts et investissements consentis pendant des dizaines d'années pour parvenir à améliorer la qualité du fleuve Saint-Laurent au point où on a recommencé à s'y baigner, on rechigne à l'idée d'apprendre que du 18 au 25 octobre, huit milliards de litres d'eaux usées non traitées y seront déversées pour permettre à Montréal d'aménager une nouvelle chute à neige qui nécessite temporairement l'assèchement des infrastructures du secteur concerné.

Même le maire de la ville, Denis Coderre, a été étonné de la recommandation des experts en ce sens, demandant à ces derniers de refaire leurs devoirs pour s'assurer qu'il n'y avait aucune alternative possible. La Ville a finalement confirmé, hier, que l'option du déversement dans le fleuve allait être retenue parce qu'elle constitue la solution du moindre mal et la moins coûteuse dans les circonstances. Même le ministre de l'Environnement, David Heurtel, a donné sa bénédiction à l'opération. Ça devrait nous rassurer, mais quand on se rappelle que le même ministère s'est carrément planté il y a quelques mois et a dû piteusement faire marche arrière après avoir autorisé des travaux d'exploration à la hauteur de Cacouna devant permettre l'aménagement d'un terminal pétrolier, alors que le site est reconnu comme une pouponnière à bélugas, on ne peut pas s'empêcher d'éprouver un certain scepticisme.

D'ailleurs, le ministre a admis lui-même, hier, que le déversement en question aurait des impacts minimes, mais il les juge acceptables.

Les chiffres sont impressionnants: huit milliards de litres d'égouts dans le fleuve libérant des contaminants chimiques et microbiologiques, c'est l'équivalent de 2600 piscines olympiques rejetées dans le Saint-Laurent en l'espace d'une semaine. La Ville de Montréal précise que cela ne représente malgré tout que moins de 1 % de ses eaux usées traitées annuellement. Les experts de la Ville ont convaincu les autorités que cela signifie 13 mètres cubes d'eaux usées à la seconde alors que le débit du fleuve atteint 7000 mètres/seconde. Bref, que le débit du fleuve fera en sorte de diluer la charge polluante.

La Ville fait aussi valoir que la période de l'année visée atténue encore là les risques: la température de l'eau est plus basse, ce qui diminuerait la prolifération des bactéries et ce n'est pas la période de frai des poissons non plus. Montréal soutient que les municipalités qui puisent leur eau potable dans le fleuve, comme justement Montréal, Sorel ou Bécancour, n'ont rien à craindre et pourront continuer de consommer l'eau du robinet.

Évidemment, la position de la Ville est loin de faire l'unanimité.

Une ingénieure de Polytechnique, Isabelle Verne, estime d'après son expérience que puisque le débit du fleuve est rapide, cela pourrait au contraire faire voyager plus vite les contaminants qui pourraient se déverser sur les rives du fleuve en aval. Quand on pense à chez nous, par exemple, à la situation sensible du lac Saint-Pierre, on ne peut pas ne pas éprouver la moindre inquiétude et cela même si la situation n'aura pas la portée d'une catastrophe écologique.

Des opposants soutiennent également que la Ville aurait pu utiliser une sorte de technologie portative de traitement temporaire ou encore pomper et dévier les eaux usées, même si cela occasionne des coûts. Si les experts ne s'entendent pas, difficile pour nous, simples citoyens, de conclure.

Chose certaine, il faut se demander si la dérogation accordée à Montréal ne risque pas de créer un précédent. Les Québécois sont bien plus préoccupés d'environnement qu'autrefois. Le passage de pétroliers sur le fleuve inquiète, tout comme le projet d'oléoduc Énergie Est qui pourrait traverser éventuellement de nombreux cours d'eau et le fleuve aussi. Après tout, le risque zéro n'existe pas.

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