Coup fumant ou coup fourré ?

L'Amphithéâtre Cogeco.... (Photo: Andréanne Lemire, Le Nouvelliste)

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L'Amphithéâtre Cogeco.

Photo: Andréanne Lemire, Le Nouvelliste

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Le Nouvelliste

On vient de baisser le rideau sur l'An 1 de l'Amphithéâtre. Quel succès, à entendre les ténors Lévesque et Dubé; pour eux, la pertinence du projet est désormais démontrée. Face à cette belle unanimité, exprimer quelque critique s'avère quasiment suicidaire; ce serait comme un citoyen allemand qui aurait osé douter d'Hitler sous le IIIe Reich. Une fort mauvaise idée... à laquelle pourtant je ne puis résister.

Oui, je persiste... tout en étant disposé à reconnaître certaines qualités architecturales au bâtiment, qui a tout de même coûté 50 millions $! Vu à partir de Boréalis, j'aime bien le mariage du rouge et du noir et la calotte effilée surplombant la colonnade. Je reconnais également le fait que le spectacle offrait une soirée fort agréable au public; et aussi que les commerçants, hôteliers et restaurateurs du centre-ville ont largement profité de la clientèle de l'Amphithéâtre.

On nous présente donc un bilan «extraordinaire» en ne fournissant que des chiffres ronflants et «positifs» : fréquentation frôlant les 100 %, attirance de près de 70 % d'une clientèle extérieure à notre région. Fort bien. Mais ce que je réclame, c'est un bilan entier et honnête. Que l'on dévoile aux contribuables les chiffres complets. Une colonne qui ferait état du nombre de billets vendus et du nombre de billets donnés, afin que l'on sache exactement combien la billetterie a encaissé d'entrées payantes. Et une seconde où seraient d'abord inscrits l'argent exigé par le Cirque pour assurer sa présence ici, plus le coût de la publicité promotionnelle du spectacle, celui des soirées tapis-rouge où les petits fours et les coupes de vin circulaient à gogo, ainsi que les frais occasionnés par l'embauche de personnel technique et autre. Et au final, que l'on nous dévoile l'écart entre ces deux colonnes.

Et je souhaiterais connaître le résultat d'un exercice semblable pour les deux soirées Ginette Reno. Dont l'une était offerte «gratuitement» aux «bénévoles» accompagnateurs fidèles de nos élus municipaux... Combien ont rapporté les billets vendus et combien ont coûté les deux soirées? Sinon, nous serions portés à croire que les Trifluviens subventionnent les vacanciers extérieurs qui viennent à Boréalis et à l'Amphithéâtre, Car, avec une présence de près de 30% de spectateurs locaux, ce ne sont tout de même que près de 15% des Trifluviens payeurs de taxes qui sont allés voir Le Monde est fou. Et n'oublions pas que l'Amphithéâtre et Boréalis reçoivent un financement municipal de beaucoup plus d'un million dans le premier cas et de près d'un million dans l'autre.

Personne ne me convaincra qu'il était nécessaire de bâtir un monument de 50 millions $ pour attirer quelque 3500 personnes durant 20 soirées. À preuve : à Québec, sur les Plaines, des dizaines de milliers de spectateurs se sont rassemblés devant une scène démontable occupée par les Rolling Stones et plus récemment par le groupe AC/DC.

Autre exemple encore plus frappant: à Glastonbury, une petite ville de quelque 8500 habitants, en Angleterre, à chaque année, depuis plus de 50 ans, des dizaines de milliers de spectateurs se réunissent pour des concerts offerts sous un chapiteau de fortune installé dans un espace ouvert et polyvalent. Cet été, à Trois-Rivières, on a gardé fermé le parterre gazonné pour le Cirque; pourquoi? Pour annoncer des salles «combles»? Et pour ZZ Top, davantage de gens auraient certainement pu profiter du show devant une aire ouverte à plus de 9000 spectateurs.

Il faut avoir du culot pour présenter l'Amphithéâtre comme le fruit d'une vision d'avenir et d'un héritage pour nos enfants, alors qu'il faudrait plutôt reconnaître que cet équipement va engloutir des millions année après année.

L'idéal aurait été de doter Trois-Rivières d'une structure souple, là par exemple où l'on monte la scène principale du Festivoix; face à un large espace ouvert et en pente où les spectateurs, plutôt que les artistes, auraient pu profiter de la vue sur le fleuve. Ce que je souhaite, maintenant que nous sommes «pognés» avec notre Stade olympique local, c'est que les espaces accessibles au public soient prolongés à partir de Boréalis pour faire le tour de l'Amphithéâtre le long de la Saint-Maurice et du Saint-Laurent. Une belle façon d'aller sentir le bord de l'eau en tournant le dos à ce lieu trop grand pour nos artistes locaux et trop petit pour les grandes vedettes internationales.

Guy Godin

Trois-Rivières

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