Le gros tuyau qui suscite l'inquiétude

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Le passage d'un oléoduc dans la MRC de Maskinongé et ailleurs suscite de vives inquiétudes.

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Le Nouvelliste

Beaucoup de choses ont été dites de part et d'autre depuis que le Comité vigilance hydrocarbures des municipalités de la MRC de Maskinongé (CVHM) a commencé à revendiquer la commande d'une étude indépendante sur les risques et impacts de l'éventuel passage de l'oléoduc d'Énergie Est sur son territoire, par les élus de la MRC. Force est de constater que le sujet génère, ici comme ailleurs, beaucoup d'émotions.

Le CVHM, à l'instar de plusieurs dizaines de municipalités au Québec, s'oppose au passage de l'oléoduc sur son territoire. Laval et Terrebonne sont les dernières en liste à s'être exprimées en ce sens. Qualifier cette position de radicale comme l'a fait le préfet Lalonde en séance publique relève un peu de la mauvaise foi.

L'argument voulant que les élus de la MRC n'aient pas voix au chapitre dans le projet s'avère lui aussi un peu court quand on sait que des rencontres ont eu lieu avec des représentants de la compagnie TransCanada et que la MRC fait l'objet d'une correspondance soutenue de la part de la multinationale depuis plusieurs mois, tel qu'en témoignent les procès-verbaux disponibles sur le site web de la MRC. L'acceptabilité sociale est un impératif pour la réalisation de projets de cette envergure, c'est pourquoi le CVHM implore, depuis plusieurs mois maintenant, ses élus de bien se renseigner avant de prendre position au nom de plus de 37 000 citoyens.

Voilà des raisons pour lesquelles des dizaines de citoyens jugent important de se présenter aux séances publiques de la table des maires de la MRC de Maskinongé, mois après mois. Bien que publiques, ces séances n'attirent en général que peu de citoyens, voire parfois personne. Cet état de fait a peut-être laissé sentir à nos maires que leurs délibérations se tenaient à huis clos, d'où le malaise devant la subite présence de dizaines de citoyens s'intéressant à la chose publique. Il est important de souligner ici que cette présence s'est toujours déroulée dans un civisme exemplaire, les citoyens attendant patiemment - et silencieusement - la période de questions pour faire valoir leurs inquiétudes.

Certes, des frustrations ont été exprimées lorsque le préfet a voulu promptement clore certaines assemblées jugeant l'argumentaire redondant, mais un groupe désorganisé de citoyens se sentant vulnérables ne dispose pas des mêmes outils de relations publiques qu'une multinationale qui investit des millions dans sa propagande.

Le CVHM martèle le clou de la sécurité publique et de l'eau potable pour tenter de susciter sinon l'inquiétude, à tout le moins l'attention des élus. Mais tant d'autres arguments pourraient aussi être soulevés. L'oléoduc projeté n'est pas une mesure de remplacement du transport par train ou par voie maritime, mais un moyen de plus pour faire voyager un pétrole voué à l'exportation et que tous s'entendent pour qualifier du plus polluant sur Terre.

À l'heure où les grands de ce monde tentent et peinent à se concerter pour freiner la course folle vers le point de non-retour, questionnons-nous sérieusement sur les choix qui nous sont proposés.

Mentionnons, en terminant, le lac St-Pierre. Ce véritable joyau du Saint-Laurent, reconnu par l'UNESCO comme réserve de la biosphère, fait l'objet depuis plusieurs années d'efforts soutenus de diverses instances pour palier à son extrême fragilité due à l'activité humaine. Temps, énergie et argent y sont investis. La santé de l'ensemble du fleuve est tributaire du dynamisme du lac St-Pierre, véritable organe de filtration pour l'ensemble des eaux fluviales. Un déversement pétrolier dans son bassin versant, soit-il de moyenne ou de grande envergure, pourrait avoir des conséquences désastreuses voire irréversibles sur la capacité du lac à jouer son rôle dans l'équilibre du Saint-Laurent.

Rappelons que des millions de Québécois tirent leur eau potable du fleuve. Rappelons aussi que la MRC de Maskinongé est signataire de la Charte de développement durable du lac St-Pierre...

Parions qu'ils seront encore nombreux les citoyens inquiets à la séance du 14 octobre de la MRC à venir à nouveau demander aux maires si le gros tuyau est vraiment la meilleure chose qui pourrait leur passer sous le nez.

Sébastien Houle

conseiller municipal

Saint-Élie-de-Caxton

Municipalité opposée au passage de l'oléoduc Énergie Est sur le territoire de la MRC de Maskinongé

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