Nous laissons encore souffrir un être humain

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Le Nouvelliste

En février dernier, «la Cour suprême du Canada a invalidé l'article du Code criminel qui interdit à un médecin d'aider quelqu'un à s'enlever la vie dans des circonstances bien précises. La Cour suprême a toutefois suspendu la déclaration d'invalidité des articles du Code criminel pour un an afin de laisser du temps aux gouvernements fédéral et provinciaux de réécrire leur loi en respectant les nouveaux paramètres décrétés par la Cour. Dans l'intervalle, le suicide assisté avec l'aide d'un médecin demeure illégal et les autres types d'aide à mourir avec la collaboration d'un ami ou d'un parent seront toujours des infractions criminelles.» (La Presse, 6 février 2015)

Le couloir de la mort définit le système de très haute sécurité d'incarcération imposé aux prisonniers condamnés à la peine de mort. La personne condamnée est isolée des autres dans l'attente de l'exécution. Cette attente devient une source de stress. Tellement qu'elle est considérée, selon la Convention européenne des droits de l'homme, comme un traitement inhumain et dégradant. Contrairement aux criminels, une personne malade, sans possibilité de rémission, n'a malheureusement pas droit à autant d'égards au Canada.

Un jour, la maladie peut frapper, le diagnostic peut être sans appel: un cancer incurable sans possibilité de traitements ou toute autre terrible maladie comme la sclérose latérale amyotrophique. Aucun espoir. Aucune possibilité de voir la lumière au bout du tunnel. Dans l'attente de la mort, tel le supplice de la goutte d'eau, les jours, les heures et les secondes s'écoulent lentement. Trop lentement.

Impuissants, les proches tentent de rassurer le condamné. Mais, les mots ne suffisent pas. Les mots deviennent inutiles. Une personne atteinte d'un cancer métastatique, sans possibilités de guérison, ou de toute autre maladie incurable, devra se préoccuper d'un seul aspect dans ce qu'il lui reste de vie: apprendre à vivre sa douleur physique et morale.

Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir, dit-on. Cependant, lorsqu'une personne est condamnée à mourir, sans aucune possibilité de guérison, cette assertion s'avère totalement fausse. Dès lors, il faut apprivoiser la mort. Mais, peut-on vraiment apprivoiser la mort? Il semble que oui.

La mort devient une finalité préférable à celle d'endurer d'injustes souffrances tout à fait inutilement. Or, dans notre société, malgré le dernier jugement de la Cour suprême en février 2015, l'aide médicale à mourir est encore considérée comme un meurtre. Aux vues des règles (inhumaines) de l'Église, ce geste est gravement contraire à la dignité de la personne et au respect du Dieu vivant, son créateur.

Dans notre société (civilisée?), nous devons encore laisser souffrir un être humain. Si ce même être humain laisse souffrir inutilement un animal malade et qu'il ne met pas fin à ses douleurs en le faisant mourir dignement par injection (euthanasie), on dira de cet être humain qu'il est un être sans coeur et on l'accusera, avec raison, de cruauté animale. Où est la logique?

Au Québec, en juin 2014, un premier pas vers un monde plus humain et respectueux de la souffrance a été fait avec l'adoption de la loi 52. Cette loi sur les soins de vie entrera en vigueur au mois de décembre de cette année. Maintenant, la balle est dans le camp du fédéral. La campagne électorale actuelle devrait être l'occasion pour que les partis débattent sérieusement de cette question. À ce jour, les conservateurs n'ont pas encore modifié le Code criminel et n'ont surtout pas encore confirmé s'ils invoqueraient la disposition de dérogation pour se soustraire au jugement de la Cour suprême.

Selon Peter Mackay, ministre fédéral de la Justice, le prochain gouvernement élu le 19 octobre devra demander à la Cour suprême de suspendre encore un peu plus longtemps l'application de son jugement: «J'estime que pour un sujet aussi grave, qui entraînera des conséquences aussi sérieuses, un gouvernement, un futur gouvernement, un futur ministre devraient pouvoir prendre le temps de bien faire les choses. C'est là mon opinion personnelle».

Certes, le sujet est grave. Toutefois, le prochain gouvernement ne devra pas tergiverser longtemps. Le comité parlementaire sur l'aide médicale à mourir devra déposer ses recommandations, mais un sérieux doute existe quant à son impartialité. Il faut espérer que le débat qui se fera autour de l'aide médicale à mourir se fasse sans partisanerie dans le meilleur intérêt des personnes malades sans possibilité de rémission.

Aussi, je fais le souhait que les opposants comprennent quel'aide médicale à mourir est un choix personnel que tout citoyen devrait avoir droit en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés.

Renaud Gauthier

Shawinigan

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