Un corridor pétrolier incontrôlable

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Le Nouvelliste

Ainsi, la mairesse et les maires de la MRC de Maskinongé accepteraient le passage de l'oléoduc Énergie Est en prétextant que le Québec a besoin du pétrole bitumineux pour se développer et que l'oléoduc constitue le moyen de transport le plus sécuritaire si on le compare au transport ferroviaire et routier.

Ce que l'on ne dit pas, c'est que TransCanada produira 3,3 millions de barils par jour d'ici 2020. L'oléoduc que l'on veut construire, un tuyau de 42 pouces de diamètre, le plus gros en Amérique du Nord, transportera 1,1 million de barils par jour de pétrole bitumineux dilué avec des produits toxiques et explosifs alors qu'une partie importante de ces diluants devra emprunter les réseaux ferroviaires québécois pour retourner en Alberta.

Il faudra utiliser d'autres moyens de transport pour sortir le pétrole enclavé de l'Alberta dont les navires superpétroliers qui sillonnent le fleuve Saint-Laurent et le lac St-Pierre à partir de Sorel-Tracy tandis que Chaleur Terminals Inc. empruntera les réseaux ferroviaires québécois pour livrer tous les jours deux convois de trains de 110 wagons-citernes de pétrole bitumineux chacun vers le Nouveau-Brunswick.

En disant oui à l'oléoduc et au pétrole bitumineux, le préfet, la mairesse et les maires ouvrent, dans Maskinongé, un immense corridor pétrolier incontrôlable. Vers 2030, les 5,5 millions de barils de pétrole de l'Alberta produits par jour devront emprunter à la fois l'oléoduc, qui pourrait être doublé, puis les superpétroliers et les trains-citernes.

Des oléoducs sécuritaires? Le29 juin, au sud-est de Fort McMurray en Alberta, l'oléoduc neuf de Nexen a déversé pendant deux semaines plus de cinq millions de litres de bitume, de sable et d'eaux usées. Des sites comme Kalamazoo ou Santa Barbara ayant connu des déversements, à partir d'oléoducs plus petits que celui qu'Énergie Est veut construire au Québec, ont engendré des coûts de restauration d'un milliard de dollars chacun.

Le Québec a besoin de pétrole, nous dit-on à la MRC. Pourtant le rapport de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, tout comme Le prochain virage de Steven Guilbault et François Tanguay ou Sortir le Québec du pétrole sous la direction de l'économiste Ianick Marcil, tous publiés en 2014-2015, nous affirment que la consommation du pétrole est stable conséquemment au ralentissement économique et qu'on est même en surplus.

Bon an, mal an, nous déboursons plus ou moins 15 milliards $ pour l'achat de pétrole étranger et on se précipite pour nous en vendre. Jamais le Québec n'a connu de disette. Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC, rappelle que ni la raffinerie Suncor de Montréal ni celle de Valero à Lévis n'ont réservé de capacité sur l'oléoduc de TransCanada. «Leur approvisionnement ne serait absolument pas touché par la présence ou non d'Énergie Est», assure-t-il.

Le préfet affirme que les plus hauts critères de contrôle de qualité dans l'exécution des travaux seront exigés dans le respect du développement durable, de la protection des citoyens et de l'environnement, qu'un système de redevances sera revu à la hausse et qu'un fonds d'indemnisation important devra être prévu.

Rien dans cette position et ces voeux n'est appuyé par une documentation sérieuse ou par des ententes cosignées avec la corporation TransCanada ou des entreprises spécialisées, crédibles et indépendantes. Pas plus le gouvernement québécois que le fédéral ne disposent de l'expertise et des ressources capables d'entreprendre et de gérer la surveillance de travaux de cette ampleur. Seule chose que ces gouvernements sont capables, c'est de nommer des lobbyistes issus du milieu pétrolier bitumineux sur leurs comités d'évaluation ou de surveillance environnementales. Dans le monde du pétrole, tout baigne dans l'huile.

Peu encline à la démocratie, en déposant sa position favorable au passage de l'oléoduc sur son territoire, la MRC souhaite fermer la porte aux délibérations citoyennes. Sur la recommandation du maire Michel Isabelle de Yamachiche, le préfet n'a-t-il pas levé l'assemblée? De la bouche des élus de la MRC de Maskinongé, s'appuyant sur les arguments présentés par TransCanada, nous entendons à peu près le même discours autoritaire que celui tenu par notre ambivalent et «extractiviste» premier ministre libéral, Philippe Couillard, s'en remettant à un BAPE démuni pour justifier une décision affairiste. Tous parlent bien plus dans l'intérêt d'entreprises qui profitent à bas coûts d'un droit de passage en laissant tous les risques à la population du Québec qui encore une fois paiera si elle ne se lève pas.

Pierre Foisy Pour le Comité Vigilance Hydrocarbures des municipalités de la MRC de Maskinongé et 22 cosignataires:

Nicole Garceau, Saint-Élie-de-Caxton

Louise Maillette, Saint-Élie-de-Caxton

Nicole Aucoin, Saint-Élie-de-Caxton

Guy Picard, Saint-Élie-de-Caxton

Michelle Beauregard, Saint-Élie-de-Caxton

Serge Lévesque, Trois-Rivières

Monique Provost, Saint-Étienne-des-Grès

Guy Provost, Saint-Étienne-des-Grès

Gilbert Guérin, Saint-Élie-de-Caxton

Angéline Mongrain, Saint-Alexis-des-Monts

Claude Mongrain, Saint-Alexis-des-Monts

François Gadoury, Louiseville

Richard Caux, Maskinongé

Bernard Doyon, Saint-Édouard-de-Maskinongé

Hélène Robert, Saint-Édouard-de-Maskinongé

Laurent Livernoche, Louiseville

Claude Livernoche, Maskinongé

Normand Longpré, Saint-Élie-de-Caxton

Marie-Thérèse Beaudoin, Saint-Élie-de-Caxton

Alain Moreau, Maskinongé

France Gagnon, Saint-Barnabé

Thomas Mondor, Saint-Élie-de-Caxton

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