Protéger et restaurer notre patrimoine lacustre

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Nouvelliste

Le Québec compte plus de trois millions de plans d'eau douce. Les riverains ne sont pas des parias, mais les principaux protecteurs de ce patrimoine national.

L'article de Louise Leduc, publié dans La Presse du 31 juillet, a suscité une réplique méritée de la part de quelques organismes de protection de lacs de la région de l'Estrie et des Cantons de l'est (La Presse +, édition du 8 août). Ces organismes ont eu raison de souligner la banalisation du problème des cyanobactéries dans nos lacs. Leur prise de position est d'autant plus à point que le lobby des engrais semble vouloir se repositionner en rapport avec les terrains riverains (Article de Alexandra Perron, Le Soleil, 4 août).

On oublie souvent que le Québec compte plus de trois millions de plans d'eau douce et que toute cette eau supporte un vaste patrimoine écologique, et une panoplie d'activités économiques. L'économie de plusieurs régions du Québec repose sur des activités économiques reliées à l'abondance de lacs sur leurs territoires.

Malheureusement, beaucoup de chalets riverains sont à vendre dans plusieurs régions du Québec en raison de problèmes environnementaux. Certaines situations sont dramatiques, et des poursuites judiciaires pour vice caché sont anticipées, car une grande partie de la valeur des propriétés riveraines est déterminée par la qualité de l'eau d'un lac. Une telle situation ne peut que s'aggraver dans les prochaines années, car toute une génération de baby-boomers s'apprête à convertir leurs propres chalets en résidences principales.

 Il y a des milliards de dollars d'investis autour des lacs et ces investissements rapportent des centaines de millions en taxes aux municipalités. La dégradation de la qualité de l'eau des lacs ne peut que mener à une contestation des évaluations foncières et à une réduction des entrées financières pour les municipalités qui auraient la mauvaise idée de ne pas intervenir pour limiter les apports en sédiments et éléments nutritifs qui se déversent massivement dans leurs lacs.

 La qualité de l'eau de nos lacs et cours d'eau ne cesse de se dégrader. Le processus d'eutrophisation et son corollaire, la prolifération des cyanobactéries, sont devenus une réalité pour un grand nombre de lacs au Québec. Entre 100 et 150 lacs sont touchés annuellement, des dizaines de nouveaux lacs s'ajoutent chaque année, et on ne parle ici que des lacs ayant fait l'objet d'un signalement de la part de riverains. Ces derniers, ayant flairé la mauvaise affaire, sont de moins en moins enclins à faire de tels signalements.

Plusieurs études menées par des universitaires et des consultants spécialisés ont permis de déboulonner plusieurs mythes (bandes riveraines, installations septiques, milieux humides) concernant les sources de dégradation de nos lacs et rivières. Cela a permis d'identifier les sources réelles de dégradation de la qualité de l'eau de nos lacs et les actions et/ou bonnes pratiques à mettre en place pour sauvegarder la qualité de l'eau de nos lacs et rivières. Nous devons intervenir prioritairement dans leurs bassins versants, en faisant le nécessaire pour limiter la mobilisation et le transport des sédiments et du phosphore associé. Cela passe prioritairement par le contrôle des eaux de pluie autour des lacs. Il faut en limiter la capacité de transporter des sédiments et lorsque nécessaire, en filtrer le contenu.

À ce titre, les bandes riveraines sont pratiquement inutiles, car la plus grande quantité d'eau de pluie, et sa charge massique, ne passe pas par les bandes riveraines, mais en travers de celles-ci via les ruisseaux, cours d'eau et fossés de route.

La restauration et la protection des lacs doivent commencer dans les bassins versants. Mais il y a des exceptions: les lacs peu profonds. En effet, ceux-ci sont généralement les plus touchés: eaux brouillées, plantes aquatiques, cyanobactéries. Certains de ces lacs doivent être rapidement restaurés avant qu'ils aient atteint le point de non-retour. Passé ce point, il sera difficile de les sauver et les résidences riveraines perdront alors une grande partie de leur valeur de revente. Les acheteurs potentiels sont aujourd'hui plus informés sur la question qu'il y a dix ans.

En complément des arguments écologiques, les arguments économiques doivent aussi être considérés lorsque des autorisations environnementales sont demandées pour réaliser des travaux de restauration dans les lacs. Les riverains ne sont pas des parias, et des études récentes ont démontré qu'ils ont finalement très peu à voir avec la dégradation des lacs. Les actions à mettre en place passent donc par d'autres avenues, et sont souvent de responsabilité municipale.

 Il faut donc espérer que les modifications contenues dans le prochain Livre Vert du MDDELCC rendront les projets de restauration de lacs plus acceptables, voir souhaitables dans plusieurs cas. Dans le cas contraire, des histoires d'horreur sont à prévoir prochainement autour de certains lacs au Québec.

Pierre Bertrand

Saint-Mathieu-du-Parc

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer