CHSLD: plus ça change... plus c'est pareil

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Le Nouvelliste

Je ne suis pas toujours d'accord avec le chroniqueur Jean-Marc Beaudoin , mais pour sa chronique du 21 juillet sur le «ramassage des patients», je dis bravo et merci, monsieur, particulièrement pour votre dénonciation de «l'évaluation comptable de l'incident». En appui à madame Panneton qui a osé filmer et dénoncer, et à madame Paquin, ancienne préposée démissionnaire dont le témoignage reflète parfaitement la situation subie par les soignés et les soignants dans ce système, voici mon propre témoignage.

Il y a 40 ans, j'étais préposé dans un grand hôpital de Québec. Même lorsque l'équipe était complète, nous nous courions constamment pour donner de bons soins. Or, les burn out et les blessures au dos étaient si fréquentes que souvent plusieurs personnes s'absentaient à la fois. La politique de l'institution était de ne pas remplacer les absents, imaginez les conséquences: on tournait les coins ronds.

Quinze ans plus tard, j'étais préposé dans un CHSLD de la Mauricie. On avait 15 minutes pour donner un bain: lever la personne du lit, l'installer au bain, faire sa toilette, la ramener à la chambre, l'installer confortablement et sécuritairement et revenir nettoyer le bain pour le suivant. Conséquences? On tournait les coins ronds; fréquemment des bains étaient annulés à cause du manque de personnel.

J'occupais alors un poste deux jours/semaine. J'arrivais cinq minutes avant le début du quart, mais des résidents me croyaient en retard, ce que je ne m'expliquais pas, jusqu'à ce que j'apprenne par le collègue qui faisait les cinq jours qu'il commençait 30 minutes plus tôt: cette demi-heure sans salaire, soit deux heures et demie par semaine, était le seul moyen qu'il avait trouvé pour faire son boulot correctement et sans courir constamment.

C'est aussi à cet endroit qu'au moment où j'allais le transférer au bain, un monsieur a éclaté en sanglots me disant que c'était l'anniversaire de son mariage et que sa conjointe était décédée l'année dernière. Les grands administrateurs énapiens n'avaient pas intégré ce genre d'imprévu dans leur minutage du bain...

Quinze ans passent, devenu infirmier je travaille dans un CHSLD montréalais. En tant que responsable d'unité, avant de m'absenter pour l'heure de dîner déjà largement entamée, je fais le tour du département. Une chambre multiple, deux préposées distribuent les cabarets. Ça sent la merde à plein nez. Une préposée me dit que monsieur x a fait dans son lit et qu'elles n'ont pas eu le temps de le nettoyer. Je sais qu'elle dit vrai, car nous avons couru tout l'avant-midi sans parvenir à prendre le dessus, toute l'équipe a la langue à terre. Pas question que ces résidents bouffent dans cette merde ambiante et je reste avec l'une des préposées pour installer tout le monde dans cette chambre, tant pis pour mon dîner!

Ces trois événements s'échelonnent sur une trentaine d'années, mais je pourrais en raconter des dizaines d'autres, comme la plupart des soignants et soignantes du milieu de la santé. Ça perdure depuis des décennies. Et pour les administrations, c'est toujours sur le dos des soignants que retombe la faute, jamais sur la pénurie de personnel ni sur la mauvaise planification administrative.

Alors, quand j'entends le PDG Beaumont dire aux médias et à la population de «ne pas en faire une tempête dans un verre d'eau» et comparer la situation à celle des interventions ambulancières, c'est le vomitoire que je cherche. Ce gars-là est payé le gros salaire pour être à ce point déconnecté de la réalité des soins.

Le ministre Barrette se dit préoccupé, hé bien! il n'a pas fini de l'être avec sa réforme à la con faite sans aucune consultation de la base! Grâce à madame Panneton, ça va peut-être commencer à changer! À propos, il paraît que c'est 13 minutes par patient que les médecins pourront allouer à leur clientèle! Ça va être beau à voir aller! Oui, vraiment, il n'a pas fini d'être préoccupé, monsieur le ministre!

Robert Duchesne

Trois-Rivières

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