CHSLD: témoignage d'une fille

Samedi dernier, à la suite du reportage concernant deux résidents de l'hôpital... (Photo: La Presse)

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Le Nouvelliste

Samedi dernier, à la suite du reportage concernant deux résidents de l'hôpital Cooke, ça m'a tristement rappelé l'histoire de ma mère et je me suis dit : «enfin, quelqu'un qui a eu la bonne idée de filmer ça, là ils n'auront pas le choix d'y croire et de réagir»...

L'an dernier, à la même époque, à la suite d'une mauvaise chute, ma mère âgée de 83 ans fut admise à l'hôpital régional de Trois-Rivières où l'on diagnostiqua une fracture du coccyx. On nous suggère une résidence privée pour personne semi-autonome, ce que nous faisons.

Lors de notre première rencontre à cette résidence privée, on nous fait mille promesses: «ici, votre mère recevra de bons soins et sera en sécurité, on s'occupera bien d'elle et il y a une infirmière 24 heures sur 24». Comme nous allions la voir tous les jours, on s'est dit: «enfin ici, elle sera bien»...

Et pour faire l'histoire courte, ma mère a chuté quatre fois en trois semaines : quatre fois dans la tempête de l'urgence (aucune évaluation n'avait été faite à la résidence pour la raison suivante: absence de médecin et d'infirmière - donc on l'envoie à chaque fois à l'urgence).À chaque fois nous avons eu des rencontres et plusieurs discussions houleuses avec les intervenants. Résultat? Aucun changement. On nous répète toujours la même chose : manque de temps, manque de personnel.

Après ses nombreuses chutes (au dire de M. Beaumont, une récidiviste récalcitrante!), on la dirige dans un merveilleux CHSLD (moi, j'appelle ça un mouroir pour les vieux)... Lorsque je l'ai vu une journée après son admission, on lui avait donné tellement de médicaments pour la calmer que je ne la reconnaissais plus, ce n'était pas ma mère, enfin celle que j'avais connue. Les préposés faisaient ça vite car ils manquaient de temps et de personnel. Dix minutes pour la toilette du soir et comme ma mère avait deux fractures à la colonne vertébrale, ça aurait pris beaucoup plus de temps et de précautions pour la manipuler!

Pendant deux mois, nous avons assisté à sa longue agonie, se sentant à la fois impuissantes et coupables devant un telle situation. Je me souviens d'une fois, entre autres, où ma mère gémissante demandait de la morphine. Je sonnais depuis 20 minutes, ne voulant pas laisser ma mère seule. Finalement, en colère, je me rends au poste de garde pour voir pourquoi personne ne répond. Ils sont tous très occupés avec d'autres résidents et l'infirmière est partie souper... Ai-je besoin d'en dire plus?

Ma mère est décédée en février dernier. Cause du décès? Manque de soins, de compassion et de personnel. À ma mère qui me manque tellement...

Ta fille Ghislaine

Shawinigan

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