Musée du bûcheron: un livre qui se ferme

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Le Nouvelliste

Cette lettre d'opinion fait suite à la réflexion de Maurice Ricard de Grandes-Piles et la vente des artéfacts du Musée du Bûcheron, publiée le samedi20 juin.

Une aventure qui aura duré 37 années (1978-2015). Il y eut les travailleurs de la première heure et les artisans de la construction, ceux-là se reconnaissent; il y eut les artisans de l'extinction, ceux-là aussi se reconnaissent (ceux, englobe le féminin).

Avec le décès de son fondateur Viateur Perreault, en 1998, l'âme de ce musée a aussi quitté les lieux. Ce fut durant vingt ans un lieu de culture, d'histoire et de souvenance; 100 ans d'histoire forestière racontée à un public avide de connaissances; 100 ans d'histoire racontée avec soin, précision et raffinement.

Ces gens qui ont écrit la vie des chantiers; le foreman, le mesureur, le limeur, les scieurs de long, le forgeron, les portageux, les hommes d'écurie, les cuisiniers, les shoreboys et autres avaient une place d'honneur dans l'enceinte de ce musée. Les draveurs de la Mauricie avaient aussi leur place et leur histoire à l'intérieur de la Maison de la drave. La misère d'une noirceur à l'autre où les hommes et les bêtes se crevaient à l'ouvrage. Ils ne savaient ni lire ni écrire et pourtant ils ont bâti un pays.

Je suis triste de constater le sort réservé à ce musée. À sa fondation, l'histoire était à l'avant-plan puis, durant 17 ans la finance, les mesquineries et les guerres intestines furent de la première importance.

Si mes propos vous choquent, vous font rire ou vous rendent indifférents, vous êtes parmi les artisans de l'extinction. Si, par contre, la nostalgie, le rêve ou les pensées des saisons passées refont surface, vous êtes parmi les artisans de la construction.

Aujourd'hui, les administrateurs des lieux mettent en vente des artéfacts pour lesquels ils ne connaissent point la valeur pas plus qu'ils ne connaissent l'histoire et ceux qui ont permis le rappel de cette époque pas si lointaine. Je suis vraiment triste, c'est un jour de grand deuil.

J'écris ce texte et j'entends le bruit du feuillage tôt le matin, le bruit des portes s'ouvrant, je ressens la chaleur intense de ces après-midis de visites, je vois ces touristes, pour beaucoup, heureux de revivre cette épopée forestière. Il ne nous reste que des souvenirs et je ne veux garder que les plus heureux.

Hommage à son fondateur Viateur Perreault et à sa partenaire de tous les instants, Huguette Frigon, à John Smith, à Jean Filteau, àOmer Stengland, tous de la Consolidated Bathurst; à Ted Gignac de la Compagnie de Flottage du Saint-Maurice, à Gaston Boucher de la Brasserie Labatt (partenaire majeur du Festival du Draveur), aux familles Boisvert, Pruneau, Rhéaume, Bastarache, Marchand, Lacerte, Laforest, à tous les guides, aux animateurs et je pense à Bruno Verner, chef de gare, à Marcel Dusseault, musicien, et à Oscar Boisvert raconteur ainsi qu'à tous ceux qui de près ou de loin ont favorisé l'épanouissement de ce joyaux de la Mauricie.

Ce n'est pas une page d'histoire qui se tourne, mais un livre qui se ferme.

Guy Arcand

Premier guide duMusée du Bûcheron (1978)

Shawinigan

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