Une rage contre l'injustice

Une marche de solidarité en faveur des victimes... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

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Une marche de solidarité en faveur des victimes de la pyrrhotite s'est tenue récemment à Trois-Rivières.

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

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Le Nouvelliste

Nous avions tout. En fait, nous avions travaillé fort pour avoir ce que nous avions: trois beaux enfants, deux emplois stables, des REER, une maison qui respectait bien notre budget, des vacances l'été, une roulotte pour faire du camping et un dossier de crédit impeccable. Je ne définissais pas ma vie par rapport à ces choses matérielles, car elles me semblaient naturelles, jusqu'à ce que l'enclume nous tombe sur la tête.

Comme plusieurs des victimes de la pyrrhotite, tout nous a été arraché. Nous sommes devenus les vieux radoteux dans les soupers. Ceux qui n'ont qu'une seule histoire à raconter. Celle de leur cancer du béton. Parce que tel un cancer, la pyrrhotite m'empêche d'occuper mon emploi que j'aimais. Tel un cancer, elle occupe toutes nos pensées et elle nourrit une rage constante contre l'injustice. Alors les gens n'osent plus nous demander «Comment ça va?».

Nous sommes dans l'engrenage depuis maintenant cinq ans. Ma fille n'avait que deux semaines au moment où nous avons découvert les craques dans nos fondations. Nous voulions faire une salle de jeux pour les enfants. Cela fait cinq ans que nous voulons terminer le sous-sol. Je ne souhaite à personne d'avoir à se battre contre Goliath et son équipe de fourbes.

Les dates qui sont repoussées, les mauvaises nouvelles qui s'enfilent les unes après les autres, les frais exorbitants qui subissent une inflation exponentielle: attendre, attendre, mettre sa vie sur pause pour attendre. Je viens de résumer le quotidien des familles atteintes.

Voilà un an et demi que nous sommes sur la liste d'attente pour la subvention. Comme le secteur de Maskinongé ne s'est vu attribuer que quelques centaines de milliers de dollars, versus des millions pour Trois-Rivières, nous n'y avons pas eu accès. Il y a maintenant de l'eau qui s'infiltre par les craques. La moisissure remplit les murs très rapidement. L'odeur du sous-sol est nauséabonde. Mon mari tente de calfeutrer les craques comme il peut. Nous ne pouvons plus attendre.

Soumissions en main, nous allons réhypothéquer pour pouvoir assumer nos travaux. Le temps presse. Nous retirons une partie de nos REER et prenons des engagements financiers qui nous placent dans une angoisse perpétuelle. Nous vendons la roulotte pour aider à couvrir une partie des frais. Je n'ai pas encore eu le courage de l'annoncer aux enfants. Nos vacances d'été qui s'envolent parce que les travaux vont commencer. Je culpabilise à mort de ne pouvoir offrir un lieu à mes enfants où ils pourront se ressourcer et décompresser de l'année scolaire. La pyrrhotite me fait sentir coupable.

Que nous reste-t-il? Qu'est-ce que la pyrrhotite n'a pas pris de moi, de nous? Il nous reste notre petite famille nucléaire. C'est tout. C'est assez pour être heureux, je sais. Ce qui m'attriste le plus, c'est de savoir que notre histoire, elle se retrouve également au coeur de centaines de foyers touchés par la pyrrhotite.

Marie-Ève Magny

Saint-Étienne-des-Grès

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