Austérité et démocratie

La bibliothèque Saint-Sulpice, de style Beaux-Arts.... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE)

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La bibliothèque Saint-Sulpice, de style Beaux-Arts.

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Le Nouvelliste

Au mois de mai dernier, le gouvernement du Québec mettait en vente la bibliothèque Saint-Sulpice de Montréal, considérée comme un joyau du patrimoine culturel du Québec. Pourquoi s'en débarrasser? Tout simplement parce que la bibliothèque n'était pas «rentable». C'est la sortie de Lise Bissonnette dans les médias qui a fait la différence. C'est la prise de parole d'une citoyenne du Québec en collaboration avec le travail des journalistes qui a fait reculer le gouvernement.

Actuellement, au nom de l'efficacité et de la rentabilité, notre gouvernement opère des choix très discutables socialement, culturellement et humainement: coupes dans les programmes sociaux et augmentation des taxes et des tarifs, augmentation des inégalités sociales, travailleurs (et encore plus de travailleuses) au salaire minimum qui vivent dans la pauvreté et la précarité, logements abordables de plus en plus rares, montée de l'insécurité alimentaire.

Les décisions qui sont prises n'ont pas seulement un impact sur la santé financière des ménages. Elles ont aussi un impact sur la santé de notre démocratie et de cela, nous ne parlons pas suffisamment: fin du financement d'instances de concertation régionale, fin du financement des Forums jeunesse, fin prochaine des élections scolaires, consultations bidons, concentration des pouvoirs entre les mains des ministres, lois omnibus et lois adoptées sous le bâillon (ce qui constituent des entraves au travail de nos députés dûment élus à l'Assemblée nationale); dénigrement de plus en plus systématique des médias et du travail des journalistes, travail qui est pourtant essentiel en démocratie.

Nous vivons dans une société moderne, complexe. Le simple citoyen peut difficilement à lui seul comprendre tous les enjeux qui ont cours. Le travail des journalistes devient alors primordial de même que la vitalité de la société civile qui compte plusieurs groupes et associations. Ce sont les groupes écologistes qui nous informent des enjeux environnementaux, ce sont les groupes qui luttent contre la pauvreté qui nous informent des enjeux humains et de la détérioration du tissu social, ce sont les groupes de consommateurs qui nous aident à nous protéger des abus lors de nos achats, etc.

Au nom de l'efficacité et de la rentabilité, le gouvernement est prêt à financer les groupes communautaires en économie sociale ou ceux qui pourraient être mis à contribution pour compenser à moindre coût les pertes d'emplois dans la fonction publique. Mais qu'adviendra-t-il des organismes en défense collective de droits, que ce soit au niveau du logement, des normes du travail, de la lutte à la pauvreté, en consommation ou en environnement qui connaissent bien les enjeux sur ces questions ainsi que les impacts que peuvent avoir certaines des décisions gouvernementales sur le terrain?

D'ici mars prochain, une décision sera prise concernant le financement de ces organismes qui sont essentiels pour bien comprendre certains enjeux sociaux et qui jouent un rôle important dans la défense des droits et libertés du monde ordinaire. Leur survie peut faire et fait actuellement la différence pour la santé de notre démocratie.

Il y a lieu comme citoyens du Québec de porter une attention particulière à ce qui se passe. Nous devrions nous interroger face à la critique excessive qui nous conduit insensiblement au mépris, à la dévalorisation et au dénigrement des programmes sociaux, du travail des journalistes, des employés de la fonction publique ou des groupes sociaux.

Si Lise Bissonnette, en collaboration avec les médias, n'était pas sortie pour expliquer la valeur de la bibliothèque Saint-Sulpice qui aurait pourtant dû être protégée par le gouvernement, le Québec perdait un joyau de son histoire. De même, si nous méconnaissons l'importance du travail des journalistes et des groupes sociaux, l'importance de l'expertise de nos fonctionnaires comme nous l'a montrée la commission Charbonneau, ou l'importance de lutter contre les inégalités sociales, nous nous affaiblirons démocratiquement, ce qui finira par jeter une ombre sur nos droits et libertés. Il devient important de s'informer, d'agir et d'être vigilants, pour notre bien et celui de nos enfants.

Lisette Dionne

Groupement pour la défense des droits sociaux

Trois-Rivières

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