Le deuil d'une pharmacienne

La pharmacienne Laurie Lebel-Damphousse.... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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La pharmacienne Laurie Lebel-Damphousse.

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Le Nouvelliste

Plus de trois mois se sont écoulés depuis la rédaction de ma lettre d'opinion sur la Loi 28 (qui je le rappelle, impliquera des coupes substantielles aux pharmaciens). Il y a trois mois, j'écrivais que je faisais la différence dans la vie de mes patients et que je désirais de tout coeur continuer de faire mon travail avec autant de passion.

Pourtant, je réalise aujourd'hui que depuis trois mois je suis en deuil. Une profonde frustration m'habite parce que rien n'a bougé. Et ce n'est pas faute d'avoir essayé. Nos représentants ont négocié avec le gouvernement, mais c'est avec sa sourde oreille qu'il a usé du bâillon pour adopter la loi. Je suis en deuil de cette vision que j'avais de ma profession pour les années futures, en deuil de cette pharmacienne que je veux être, mais que le gouvernement fait taire.

Nos moyens de pression n'ont rien donné, parce que comme toujours, nous avons décidé d'être là pour nos patients et de ne pas les prendre en otage. Il aurait fallu quoi? Qu'on ferme toutes les pharmacies du Québec pour une semaine pour que le gouvernement daigne avouer que nous contribuons aux soins de santé de la société? Qu'on réfère systématiquement les questions et demandes de la population par centaines au 811?

Pour ceux qui sont moins familiers avec les impacts de cette loi, sachez en quelques mots qu'on nous demande de faire des miracles avec moins de ressources. Je ne sais pas pour vous, mais je n'ai pas encore trouvé la recette pour changer l'eau en vin.

On nous demande de prendre en charge des patients pour aider le système de santé et favoriser les économies. On nous demande de les rencontrer, de s'assurer que tout va bien, en passant par leur pression artérielle, leur diabète, leur glande thyroïde, leur dépression. On nous demande de prescrire des prises de sang, de les analyser, d'ajuster les doses au besoin en accord avec le médecin. On nous permet de faire ce qu'on réclamait depuis des années, mais en nous demandant de le faire bénévolement dans la majorité des cas. Et on pousse l'insulte jusqu'à nous empêcher de charger nos services qui ont une valeur à nos yeux parce que c'est un service couvert par la RAMQ, un service que le gouvernement évalue à... 0$!

Et puis, pour en rajouter, on nous coupe l'autre bras en nous critiquant d'utiliser trop le système de pilulier qui aide les patients à gérer leur lourde médication, un service qui permet de garder nos aînés à domicile et de prévenir les erreurs dans les résidences. Aussi bien nous dire qu'on contribue à l'espérance de vie de la population et que ça, ça coûte trop cher!

Si rien n'évolue dans ce que le gouvernement appelle des négociations, d'ici un mois, le tout devrait être en vigueur. Tristement, je vous avoue que malgré mon jeune âge, j'ai cessé de croire aux contes de fées et qu'en voyant l'ouverture de nos élus, c'est vers ça que nous voguons. Je vois, dans ma boule de cristal, des pharmacies bondées, avec des files d'attente astronomiques, des heures d'ouverture réduites, du personnel réduit, et un pharmacien exténué que vous ne serez en mesure de voir que dans trois semaines... C'est ça la loi 28.

Laurie Lebel-Damphousse

pharmacienne

Secteur Pointe-du-Lac

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