La démocratie ne se limite pas au taux de participation

Le ministre de l'Éducation, François Blais.... (PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE)

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Le ministre de l'Éducation, François Blais.

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Le Nouvelliste

Lettre à François Blais, ministre de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

Le réseau public d'enseignement préscolaire, primaire et secondaire s'apprête à vivre de grands changements en ce qui a trait à sa gouvernance et vous en serez le principal architecte.

Depuis 170 ans, ce réseau public est administré par des femmes et des hommes qui consacrent temps, énergie et passion au sein des diverses commissions scolaires du Québec, qui auraient d'ailleurs dû s'appeler «municipalités scolaires», puisqu'elles exercent une juridiction, l'éducation, sur un territoire défini par le gouvernement du Québec, tout comme les municipalités. De plus, elles y prélèvent des taxes foncières parce que l'éducation, mission noble, doit être la responsabilité de tous. En vertu de ces réalités de taxation et de responsabilités, il y a toujours eu un devoir essentiel d'impartialité et d'équité des élus scolaires envers la population au même titre que les conseillers municipaux.

Je veux donc vous soumettre quelques interrogations sur le nouveau modèle de gouvernance que vous souhaitez mettre en place, en regard des principes de responsabilités, d'imputabilité et d'équité envers tous les enfants d'un même territoire qui regroupe des communautés aux profils sociodémographiques, économiques et culturels parfois assez diversifiés.

1. Si vous nommez des représentants des municipalités au sein des conseils de gouvernance des territoires scolaires, quels seront les critères qui détermineront quelle municipalité sera, ou non, représentée? Mentionnons que 22 municipalités sont comprises sur le territoire de la Commission scolaire de l'Énergie.

2. Qui défendra les intérêts des enfants des municipalités qui ne seront pas représentées? Quand on connaît le désir légitime des parents d'avoir accès à des services de proximité pour leurs enfants, on peut aussi imaginer que les demandes de certains milieux pourraient demeurer lettre morte.

3. Comment allez-vous vous assurer d'exclure les possibilités de conflits d'intérêts pour ces représentants municipaux qui siégeront au Conseil scolaire?

4. Comment allez-vous vous assurer que tous les enfants auront accès à la même nature et à la même qualité de services sans avoir à parcourir des distances excessives?

Ces valeurs indissociables d'imputabilité et d'équité ont été les guides phares des élus scolaires. Si les administrateurs du nouveau Conseil scolaire sont nommés par vous, ils seront imputables à vous et non à la population.5. Vous avez aussi avancé que des représentants de directions d'école pourraient faire partie de ces nouvelles entités administratives. Comment allez-vous vous assurer de l'absence de conflits d'intérêts quand ces personnes seront, un soir, les dirigeants de leur directeur général et, le lendemain, des leaders pédagogiques dans leurs écoles, sous la gouverne de leur patron, ce même directeur général?

Il y a là des risques de dérives et de conflits d'intérêts potentiels qui n'aideront en rien la réussite éducative des jeunes. Les parents sont les représentants des usagers du réseau public d'enseignement. Ils ont leurs places au sein des Conseils des commissaires actuels et leur apport est précieux.6. Comment allez-vous vous assurer que l'apport des parents continuera d'être significatif et représentatif de leur réalité? Il y a un bel équilibre entre élus et représentants de parents. Tout nouveau modèle viendra compromettre cet équilibre et cette participation unique des usagers à l'administration de services qui leur sont dédiés. Vous avez la responsabilité de faire évoluer le système d'éducation vers le meilleur et non le pire. Vous auriez pu choisir de favoriser la démocratie scolaire en tenant les élections scolaires le même jour et au même lieu que les élections municipales. D'autres le font, notamment en Ontario, en Alberta, en Nouvelle Écosse et dans plusieurs États américains, et s'en portent très bien. La nouveauté peut être alléchante, mais elle présente aussi un potentiel de contre productivité. Si les citoyens ne se sentent pas représentés par les personnes nommées, ils exerceront leur droit de revendication auprès d'autres élus, probablement leurs députés provinciaux.

Les citoyens ne votent pas en grand nombre aux élections scolaires, mais quand un problème survient, ils sont nombreux à revendiquer auprès des élus scolaires des améliorations et des changements aux mesures qui concernent leurs enfants. La démocratie ne se limite pas au taux de participation aux élections, c'est aussi la possibilité pour la population d'être entendue après l'élection et de revendiquer auprès des élus à l'intérieur d'un espace public qui lui est réservé. Quand vous abolissez l'élection scolaire, vous abolissez aussi ce droit aux payeurs de taxes et aux usagers.

Jean-Yves Laforest

Président

Commission scolaire de l'Énergie

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