Ce texte m'a fait pleurer

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L'auteur du témoignage, René Larivé, en compagnie de son fils Dany.

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Le Nouvelliste

En réaction à l'article d'Isabelle Légaré «Quand tout n'est pas rose».

Ce texte du Nouvelliste m'a fait pleurer à nouveau, comme je le fais souvent depuis le 30 novembre dernier. Notre fils Dany était en profonde dépression depuis presque six mois. La gravité de sa dépression était amplifiée par le syndrome du trouble obsessionnel compulsif, le TOC. En lisant ce texte de madame Légaré, j'ai vécu à nouveau dans ma tête des évènements de la vie de notre fils.

Ayant été diagnostiqué pour le syndrome du TOC à l'âge de 12 ans, son affliction lui faisait mettre en question chacune de ses actions. Jeune, il lui arrivait de manquer l'autobus scolaire parce qu'il n'arrivait pas à tourner la poignée de porte tant que ses pensées n'étaient pas enlignées avec la certitude que rien de néfaste ne se produirait s'il ouvrait la porte.

Suivi par un psychiatre, il a réussi à fonctionner courageusement en dépit de ses obsessions. Il excellait dans le sport de motocross. Il a couru sur le circuit national et québécois de motocross durant une dizaine d'années. Il a aussi poursuivi ses études en design industriel à l'Université de Montréal. Puis, quand il a rencontré sa conjointe Élisabeth, son comportement a changé rapidement pour le mieux. Heureux, Dany vivait maintenant pleinement sa vie avec Élisabeth. Ils eurent deux enfants, Sandrine et Nathan.

À la fin de leurs études, Élisabeth et lui se sont lancés en affaires en commercialisant des systèmes de chauffage par induction magnétique. L'entreprise a grandi, réalisant la majorité de ses ventes aux États-Unis, en Asie et en Europe. Depuis trois ans, Dany en était le président.

Vers avril 2014, alimenté par le TOC, Dany tomba en dépression profonde. Il a commencé à parler de suicide en mai, Il s'est rendu de lui-même à l'hôpital à trois reprises en leur mentionnant qu'il avait des pensées suicidaires. À chaque fois, on le gardait quelques heures, on le faisait voir par un intervenant social et on le renvoyait chez lui en lui disant qu'il guérirait mieux dans un environnement familial. Fin septembre, Dany et moi nous mettons en route vers Washington, DC. On va rencontrer un éminent spécialiste qui va traiter Dany. À travers différentes consultations, on a planifié des visites et des sorties autour de Washington durant la fin de semaine. On a loué chacun un vélo et on a fait le tour des attractions de la ville. Durant ce voyage, même si Dany était souvent anxieux, on s'est franchement amusé. Le dimanche, on a fait un court road trip en Virginie. On a marché dans la forêt, dans des sentiers qu'on partageait avec des cavaliers et leurs montures.

C'était le congé de l'Action de grâce. Il faisait beau soleil et chaud en cette journée d'automne. Dany, qui est un chevronné compétiteur en motocross, moi et un autre amateur de motocross sommes allés à la piste de Sainte-Sophie-de-Lévrard. Dany a roulé comme s'il n'avait jamais arrêté depuis ses belles années où il compétitionnait sur le circuit professionnel. Je le regardais sauter les longs plateaux et les doubles bosses de la piste. C'était évident qu'il était heureux, comme avant sa dépression. Je voyais que lorsqu'il était sur sa moto, c'était comme s'il devenait une toute nouvelle personne, un cavalier en entière communication avec sa monture qui, elle, réagissait à ses moindres intentions face aux obstacles de la piste. Au retour, on est allés manger notre repas préféré d'après compétitions; pour lui, un sous-marin superstar et moi un Hot Luke. Dany et moi étions heureux.

Au cours de novembre, on voyait bien que le TOC avait pris le dessus dans sa tête. Ses obsessions devenaient plus intenses et l'empêchaient de travailler et même d'être capable de fonctionner au quotidien. Aidés par la dépression, les démons du TOC dans sa tête ont repris le contrôle de sa vie. Le 30 novembre, alors que sa grande fille participait avec son équipe de hockey au tournoi de Saint-Boniface, Dany a installé les décorations de Noël sur la galerie avant de leur maison. Puis, il s'est suicidé. Dany avait 43 ans.

René Larivé

secteur Grand-Mère

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