Syndicalisme et inégalités

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Le Nouvelliste

Le premier mai marque chaque année la Fête internationale des travailleuses et travailleurs. Une journée spécialement soulignée par le mouvement syndical un peu partout dans le monde et notamment au Québec, où la présence de ce mouvement est particulièrement importante. En effet, le taux de syndicalisation atteint près de 40 % au Québec, ce qui représente un sommet en Amérique du Nord, alors qu'il s'établit à 31,5 % pour l'ensemble du Canada et qu'il n'est que de 12 % aux États-Unis.

Alors qu'un certain discours soutient que cette présence syndicale plus importante serait préjudiciable pour le Québec, qu'en est-il réellement? Trois études récentes jettent un nouvel éclairage sur les liens entre la syndicalisation et le développement social et économique des sociétés.

La première, publiée en novembre dernier par l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS), pose directement la question dans son titre même: «Les syndicats nuisent-ils au Québec?». Chiffres à l'appui, les chercheurs y mettent à mal les prétentions voulant qu'il existe un lien entre un taux de syndicalisation élevé et un affaiblissement des investissements privés. Si c'était le cas, précise l'étude, comment expliquer que le recul des investissements observé au Canada, en Ontario comme au Québec, est plus marqué en Ontario et au Canada où les taux de syndicalisation sont nettement moindres qu'au Québec? Pour les auteurs de l'étude, le recul des investissements, une tendance mondiale lourde, résulte principalement de la mondialisation et de la financiarisation croissante de l'économie.

Les deux autres, l'une réalisée par l'Institut Broadbent et la seconde par le prestigieux Fonds monétaire internationale, font ressortir d'autres aspects de l'apport social et économique des syndicats.

L'étude réalisée par l'Institut Broadbent et publiée sous le titre «Des communautés syndiquées, des communautés en santé», soutient que la diminution du taux de syndicalisation constitue une cause importante de l'augmentation de l'inégalité salariale observée depuis les années 1980. Selon ses auteurs, ce phénomène s'expliquerait par un accroissement de la capacité des plus fortunés d'accaparer une plus grande part de la richesse sociale au fur et à mesure que diminue la part de la population protégée par un contrat de travail collectif.

Étonnamment, cette affirmation est corroborée par deux économistes à l'emploi du Fonds monétaire international(FMI) qui, dans une étude rendue publique en mars dernier, relèvent «l'existence d'un lien entre la baisse du taux de syndicalisation et l'augmentation de la part des revenus les plus élevés dans les pays avancés durant la période 1980-2010». Les chercheurs de la prestigieuse institution expliquent ce phénomène par la réduction de l'influence des salariés sur les décisions des entreprises, réduction qui a contribué à l'augmentation de la part des revenus constitués par la rémunération de la haute direction et des actionnaires.

Il est donc justifié d'affirmer à la lumière des conclusions de ces études que, loin de nuire à l'économie des pays où ils sont fortement présents, les syndicats y favorisent plutôt l'instauration d'une plus grande justice économique en assurant une meilleure répartition des revenus et, de ce fait, une consommation plus équitablement partagée. Ce qui ne peut qu'être bénéfique dans des économies qui, pour se maintenir et se développer, comptent avant tout sur la contribution active et soutenue des consommateurs.

Philippe Genest

Membre de Québec solidaire Trois-Rivières

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