Pourquoi le maire s'entête-t-il?

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Le Nouvelliste

Je savais l'homme déterminé, fier et audacieux, mais ces qualités ne suffisent pas à faire de grands politiciens. On doit y ajouter l'écoute et le respect des citoyens, sinon la détermination vire à l'obstination, la fierté à l'orgueil, l'audace à la témérité et le leader que, la veille encore, on applaudissait pour ses projets inspirants devient vite celui qu'on couvre de huées en raison de son arrogance.

Celui qui soulevait, hier, l'enthousiasme provoquera demain l'aversion, au mieux l'indifférence. Puis c'est l'escalade. Le politicien s'entête jusqu'à mépriser ceux qui ont l'insolence de ne pas partager ses idées. Les citoyens déçus et trompés n'éprouvent plus que frustration et ressentiment. L'harmonie nécessaire à la construction d'un avenir commun cède la place à la discorde et nombreux sont alors ceux qui abandonnent et renoncent à se battre, ce qui conforte l'obstiné pour un temps et compromet les efforts collectifs pour longtemps.

On ne peut nier qu'une quarantaine de villes québécoises ont déjà réalisé une démarche semblable. La plupart l'ont fait depuis longtemps. Pas nous. Et quand on propose de le faire, l'opposition se manifeste, vive et diversifiée. Il doit bien y avoir des raisons qui expliquent cette résistance durable. Nous sommes plus «boqués» que les autres? Nous ne comprenons rien à rien? Non! C'est parce qu'à Shawinigan, comme à Saguenay, la situation est différente de celle de Trois-Rivières, Lévis ou Gatineau.

La plupart des secteurs du nouveau Shawinigan ont des systèmes de rues à numéros qui, lors de leur adoption, affirmaient la modernité de ces villes nées avec le XXe siècle, systèmes auxquels les résidents sont toujours attachés. Or cette particularité entraîne, si on élimine les noms des secteurs, un nombre démesuré de changements de noms de rues. Ailleurs, l'uniformisation et l'harmonisation pouvaient convenir compte tenu du faible nombre de changements qu'elles entraînaient. Ici, c'est différent. C'est ce que les opposants voudraient faire comprendre à leur maire. On réduirait grandement la quantité des changements et leur coût en renonçant au concept d'uniformisation et en adoptant celui de valorisation des secteurs. Plutôt qu'à une vaste réforme toponymique, c'est à des ajustements modestes qu'on procéderait alors.

Pourquoi le maire s'entête-t-il? Il y a déjà longtemps, il a imprudemment laissé entendre que l'harmonisation était la conséquence logique des fusions et que ce n'était qu'une question de temps. Trop vite sur la gâchette, il aurait ainsi insidieusement incité les industries, commerces et institutions à remplacer, dans leurs bases de données, les noms des secteurs par celui de Shawinigan. Ce faisant, il aurait créé lui-même les problèmes qu'il nous propose aujourd'hui de régler, à nos frais. Mais à constater le peu de conviction que mettent ses «obligés» des services municipaux et des organismes paramunicipaux à nous en convaincre, je doute même du sérieux des problèmes qu'il évoque.

Y aurait-il d'autres explications? Y aurait-il tentative de diversion pour cacher une incapacité à résoudre des problèmes comme l'endettement croissant, la taxation élevée, le déclin industriel, ou surtout l'échec de fumeux projets de relance?

Les opposants au projet manifesteront dimanche pour réclamer un moratoire jusqu'aux prochaines élections municipales. Je serai avec eux devant l'hôtel de ville parce que je crois que le maire Angers devrait faire preuve de sagesse et surtout d'humilité en se donnant le temps d'analyser une solution adaptée à notre réalité. Ce dont Shawinigan a besoin, ce n'est pas d'une orgueilleuse réforme toponymique qui divise, c'est d'une initiative mobilisatrice de valorisation des secteurs dont la diversité fait notre force. Ainsi, la réforme toponymique serait ramenée à quelques ajustements que les citoyens accepteraient sans rechigner, fiers qu'ils seraient d'avoir un maire qui les écoute et qui reconnaît que l'énergie de Shawinigan provient de la force de ses secteurs.

Mais, pour l'heure, notre maire s'entête et se bute, se refusant à aborder le fond de la question comme s'il ne voulait surtout pas prendre le risque de changer d'idée, comme le font pourtant les gens sensés.

André Hamel

secteur Grand-Mère

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