L'avenir du Cirque

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Le Nouvelliste

On ne devrait pas se surprendre de la vente du Cirque du Soleil. C'est le lot à peu près de beaucoup de petites entreprises devenues multinationales en perdant leurs principales caractéristiques que sont la créativité bâtie sur la proximité avec le personnel et les clients, et par le fait même, la flexibilité.

La première proximité fait que l'entrepreneur connaît personnellement et communique directement avec les employés. La seconde, basée sur des liens directs avec les clients permet de mieux saisir leurs besoins et d'en développer de nouveaux, obtenant ainsi l'information tacite à la base de l'innovation et des opportunités.

C'est ce qui explique pourquoi ces PME sont capables de «se retourner sur un trente sous». À l'encontre des grandes entreprises avec des règles formelles et rigides, de nombreux paliers et du contrôle, créant une bureaucratie lourde et coûteuse. Ce qui annule les économies d'échelle.

C'est ce qui explique pourquoi les deux super-hôpitaux de Montréal pensés par nos premiers ministres Charest et Couillard, avec des chasses gardées très fortes, vont coûter de plus en plus cher. On vient d'ailleurs de le voir avec la saga de la nomination des directeurs des départements.

Alors que l'on sait que même dans les petits hôpitaux, tout changement demande des mois de négociations avec des résultats rarement satisfaisants, entraînant de nouvelles frustrations et des multiples résistances.

Et c'est ce qui explique aussi pourquoi le Mouvement des caisses Desjardins, avec l'arrivée massive de financiers et l'absence de consultation des membres pour la fermeture des comptoirs, sous prétexte que ce serait «une affaire courante», est devenu une banque comme les autres, en dépit de ce que clame la présidente dans les forums internationaux.

Le Cirque du Soleil avec ses 4000 employés, pourtant une machine à créer, est devenu une organisation où le changement est de plus en plus lourd malgré le génie de Guy Laliberté. Cette créativité exige l'implication du personnel. Mais le grand nombre produit de plus en plus «de bruit» réduisant l'efficience.

En d'autres mots, s'il faut être à plusieurs pour créer, quand on est trop nombreux, les échanges se heurtent à des visions différentes, à des discussions à n'en plus finir et, finalement, à des blocages. Et c'est ce qui est en train d'arriver avec le Cirque qui ne pourra s'en sortir qu'avec l'appui de firmes financières aux reins très solides pour absorber ces coûts de bureaucratie et pour multiplier les antennes afin de mieux comprendre les différentes clientèles et leurs besoins changeants, de façon à préserver à Montréal la création systématique, sa véritable raison d'être.

Pierre-André Julien

économiste

Bécancour

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