Préparez-vous à fermer des églises

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L'Église fait face à deux défis: la désaffection de ses membres et la fatigue de ceux qui restent.

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Le Nouvelliste

Les gens sont impressionnés depuis quelques années par le rythme soutenu de la désaffection des hommes et des femmes de notre époque face à la foi en Dieu.

Certes, plusieurs personnes disent croire encore en Dieu, mais elles ne mettent plus leur confiance dans l'Église. Cette réflexion est le signe d'un changement profond qui est survenu au cours du 20e siècle. Désormais, la relation à Dieu est vue comme une affaire personnelle qui peut se passer de l'intermédiaire d'une institution.

Ce phénomène doit être reconnu comme tel et ce n'est pas demain que cette mentalité changera. Plusieurs églises de nos villes et de nos campagnes fermeront au cours des prochaines années. Les réorganisations des communautés préconisées par les diocèses seront un échec. L'Église québécoise fait face à un défi encore tout aussi grand que la désaffection de ses membres. Il s'agit de la fatigue qui est vécue par ceux qui restent. Ces personnes dont l'âge se situe souvent en haut de 70 ans sont fatiguées de tenir à bout de bras une institution qui n'a plus la faveur.

Je comprends ces personnes de prendre leur retraite. Combien de projets de renouveau ces personnes ont-elles portés sans que cela porte du fruit? Combien de réformes leur a-t-on promises sans que rien ne se passe? Combien de fois ces hommes et ces femmes ont été considérés comme des enfants et non des adultes lorsqu'ils proposaient des solutions? Leur patience s'est usée. J'ai entendu l'automne dernier un bon catholique de plus de 70 ans affirmer après avoir entendu un sermon sur le purgatoire un dimanche matin: «C'est une théologie d'un autre âge.» Nous ne l'avons pas revu.

Je me demande s'il n'est pas trop tard. Plusieurs pratiquants espèrent des réformes de la part de l'Église. Ce n'est pas tellement en cette matière que se joue l'avenir. Il se joue dans le changement profond de mentalité qui a prévalu depuis 60 ans. Nous avons quitté l'ère de l'observance et de la peur pour entrer dans l'ère de la participation. C'est cela qu'il faut comprendre. Le diocèse de Trois-Rivières a entrepris au cours des derniers mois une énième commission pour étudier l'avenir du diocèse. Comme les autres commissions, elle ne portera pas de fruits car cette réforme vient d'en haut. Les gens vont suivre un moment puis ils vont s'en désintéresser.

Les récentes enquêtes montrent que l'homme moderne est fatigué. Les catholiques du diocèse de Trois-Rivières le sont autant. Le théologien Giles Routhier de l'Université Laval a écrit que «toute réforme, si elle veut produire du fruit et réussir doit s'appuyer sur une énergie sociale disponible. Il doit avoir un appétit pour les changements et ceux-ci doivent être perçus comme désirables ou nécessaires.»

Je crois que l'énergie n'est plus au rendez-vous. Préparez-vous à fermer des églises. Même les plus solides d'entre elles seront affectées. Tout renouveau passe par une renaissance. Pour renaître, il faut accepter de beaucoup mourir. Déjà Jésus dans ses propos a enseigné cela il y 2000 ans. Pas d'épis de blé neufs dans un champ sans que la semence ne meure. C'est la seule certitude que je possède.

Jérôme Martineau

Rédacteur revue Notre-Dame-du-Cap

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