Un musée ingrat et sans mémoire

Le Musée québécois de culture populaire au centre-ville... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Le Musée québécois de culture populaire au centre-ville de Trois-Rivières.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Le Nouvelliste

L'auteur, Guy Godin, cadre retraité de l'UQTR, a agi en 1990 comme coauteur du projet de Musée des Arts et traditions populaires du Québec, sous la direction de Gilles Boulet.

Je suis resté sidéré de lire dans Le Nouvelliste que la direction du Musée de culture populaire, par la voie de son directeur général, montrait la porte à l'UQTR avec sa collection Séguin. L'expression d'une telle ingratitude, assaisonnée de surcroît de ce qui semble une stratégie de négociation serrée, renverse littéralement. Cette approche bras-de-fer est-elle la meilleure? Je crois plutôt que ce type de problème se règle beaucoup mieux dans la discrétion et le respect mutuel.

Et loin de moi l'idée de vouloir embellir la réputation chancelante de l'UQTR, dont le comportement de l'administration est présentement fort irritant. Il s'agit plutôt ici de défendre les droits de la vérité et de reconnaître le crédit de l'établissement universitaire.

Dans une chronique et un éditorial récents, Jean-Marc Beaudoin et Ginette Gagnon situent bien la problématique générale et laissent voir comment l'acquisition de la collection Séguin et l'intervention de l'Université ont pesé fort dans la fondation du Musée. Je confirme que si l'UQTR n'avait pas acquis cette collection et que si elle n'avait pas assuré la conservation d'artéfacts archéologiques qui lui appartenaient, et en plus si elle n'avait pas mis les efforts requis pour élaborer le projet initial, jamais ce musée n'aurait vu le jour. Et conséquemment, jamais Yvon Noël n'y aurait occupé le poste de directeur général.

Le Musée chercherait-il par ailleurs à vouloir profiter de la fragilité actuelle de l'image projetée par l'UQTR pour lui arracher de l'argent? Sans même tenir compte du fait que l'Université débourse déjà quelque 65 000 $ annuellement pour respecter son contrat d'acquisition de la Collection. Car comment comprendre autrement que par une tactique que le Musée lève aujourd'hui le nez sur la même collection qu'il présente sur son site Internet comme «l'une des plus importantes collections au Canada sur la civilisation traditionnelle du Québec».

Que le Musée fasse preuve d'autant d'ingratitude et utilise une tactique de chantage ne l'honore pas. Dans ce contexte, ne nous étonnons pas non plus que le Musée, sous le prétexte d'une période de dormance, fasse état de sa création en décembre 2001, alors que de fait, le Musée (alors désigné des Arts et Traditions populaires), a ouvert ses portes en juin 1996 dans l'immeuble actuel, alors construit aux mêmes fins muséales. Ce faisant, le rejeton ignore consciemment ses ancêtres; quand un musée cherche ainsi à effacer ses véritables origines et n'a même plus de mémoire, c'est grave.

Il y a quelque temps, le Musée de la civilisation de Québec a projeté devant public une quarantaine de films puisés dans le répertoire de l'Office national du film, en vue d'échanges avec l'auditoire. De telles activités suscitent beaucoup d'intérêt et fidélisent une clientèle. Notre Musée pourrait donc mieux assumer son rôle pédagogique en présentant justement, par exemple, des documentaires ou des films à caractère historique ou ethnologique, portant sur des métiers traditionnels ou sur des personnages et des événements historiques. Avec le concours de spécialistes et l'éclairage au besoin d'artéfacts ou de témoins matériels, la Collection dont le Musée dispose serait beaucoup plus perçue comme une richesse prometteuse que comme un encombrement gênant. Cela demande toutefois de sortir d'un horaire bureaucratique et exige beaucoup de travail.

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