Rues à Shawinigan: un devoir de mémoire

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Le Nouvelliste

De nombreuses études démontrent le rôle majeur de Shawinigan dans l'histoire de l'urbanisme. Considérée comme l'une des premières villes industrielles planifiées du Canada grâce à la conception d'un plan d'aménagement (le plan de Pringle & Son) avant toute implantation sur le territoire, elle a contribué à la naissance d'un nouveau modèle d'urbanisme. On retrouve peu d'exemples de l'aménagement d'un espace urbain comme la basse-ville de Shawinigan ailleurs dans la province. La conservation de la numérotation des rues de la Pointe à Bernard, en vigueur depuis 115 ans, rappelle l'importance de Shawinigan dans l'histoire urbaine au pays.

Le plan déposé par la firme Pringle & Son, le 25 octobre 1899, a été réalisé pour le compte de la Shawinigan Water and Power (SW&P). Ce plan a marqué fortement l'organisation du territoire par le tracé des principales artères de la basse-ville et en identifiant les zones industrielles de même que l'emplacement de bâtiments publics et privés. Il s'inscrit dans une série d'actions entreprises par cette compagnie en vue d'aménager un nouvel espace urbain.

Mentionnons tout d'abord l'achat par la SW&P, le 17 février 1899, du lot 628 qui correspond aux limites de la Pointe à Bernard et la réalisation du plan Pringle. Son dépôt est suivi quelques semaines plus tard par la confection d'un plan d'arpentage par Jean-Baptiste Casgrain à la demande de la compagnie. Ce plan compte près de 1400 lots répartis sur un ensemble de 17 rues numérotées de 1 à 17 et de plusieurs avenues.

La SW&P met en vente ses premiers lots dès décembre 1899. Les acheteurs doivent respecter des clauses relativement à la qualité des constructions. La compagnie procède à des dons de terrains pour des bâtiments publics (églises, hôtel de ville) et l'aménagement du futur parc Saint-Maurice. Elle prend une part active dans le financement de bâtiments comme le Cascade Inn, l'Institut technique, le premier aréna municipal et un hôpital.

La SW&P participe également à la construction de près de 150 résidences pour loger son personnel cadre et ses techniciens sur la Pointe à Bernard, sur l'avenue Summit et sur une partie de la rue Georges. À ces actions s'ajoute la contribution de ses ingénieurs pour la mise en place de services publics et l'embauche de la firme Olmsted Brothers qui conçoit des plans d'aménagement paysager pour les abords de ses centrales et de la Pointe à Bernard.

Tous ces faits militent en faveur du maintien de la numérotation des rues de la Pointe à Bernard. Conserver la numérotation des rues c'est souligner l'importance de Shawinigan dans le développement du Québec moderne. Perpétuer la numérotation des rues c'est honorer et valoriser la mémoire de tous ceux qui ont participé à la naissance et au développement du centre-ville depuis 115 ans.

Le conseil municipal de Shawinigan a l'obligation et le devoir moral de perpétuer cet héritage unique par le maintien de la numération des rues dans la basse-ville. Il doit éviter de commettre une erreur historique en reléguant aux oubliettes le rôle important de Shawinigan dans la naissance de la planification urbaine au pays. L'apport historique de Shawinigan est reconnu par plusieurs experts dont madame Morisset, directrice de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain. Depuis quelques années, les élus se distinguent par leur leadership dans la mise en valeur du patrimoine et nous les incitons à faire preuve de constance et à poursuivre leur élan dans ce sens.

Mario Lachance

Cité de l'énergie et président d'Appartenance Mauricie, Société d'histoire régionale

Normand Brouillette

Professeur retraité de l'UQTR

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