A-t-il un agenda caché?

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Le ministre de la Santé Gaétan Barrette

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Le Nouvelliste

L'auteur, Patrick Lacroix, est un omnipraticien de Sorel-Tracy. Il s'exprime au nom de 139 collègues médecins d'un peu partout au Québec.

Et s'il est vrai que le ministre Barrette connaît bien le réseau de la santé, il est aussi vrai qu'il connaît autant la politique, que c'est un homme de parole. Et si la réforme qu'il martèle sur toutes les ondes médiatiques n'avait pas comme but visé le saint objectif de l'accessibilité, comme il l'entend, mais bel et bien un autre objectif?

Et si le ministre Barrette savait qu'avec son projet de loi 20, des centaines de médecins quitteraient pour le privé ou prendraient leur retraite anticipée, laissant autant de patients orphelins de leur médecin? Et si le ministre Barrette savait que les étudiants en médecine, qui depuis peu avaient été séduits par la médecine familiale, opteraient de nouveau pour la médecine de spécialité, échaudés par les conditions de pratique offertes par le projet de loi 20?

Et si le ministre Barrette savait que les médecins de Gatineau, du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie quitteraient pour des provinces avoisinantes, où le gouvernement leur permet de prendre le temps dont ils ont besoin pour accueillir la personne dans toute son humanité?

Et s'il savait qu'un médecin qui tient à soutenir son patient qui n'a pas accès au psychologue au CLSC avant un an, à l'instruire sur son diabète car son GMF n'a qu'une infirmière, où à bien l'évaluer après qu'il se soit blessé l'épaule, car il ne peut se payer sa physiothérapie au privé; que ce médecin-là absorberait son 30 % de perte salariale car son sens des responsabilités l'emporterait sur son portefeuille?

Et si le ministre Barrette savait que des centaines d'infirmières opteraient pour leur retraite anticipée, créant un vide où déjà on ne réussit ni à combler les postes, ni les milliers de journées de maladie prises pour surmenage dans un système où elles tiennent les patients à bout de bras, et non main dans la main? Et si le ministre Barrette avait abandonné sur le modèle GMF, afin de l'échanger pour des partenariats public-privé plus «performants», prélude à la privatisation d'un système de soins que l'on désire garder public?

Le ministre Barrette sait tout cela, c'est pourquoi sa réforme ne vise pas l'accessibilité. Si le projet de loi 20 augmentait vraiment l'offre de services, ce serait trop onéreux pour un gouvernement qui vient de couper en santé. Il sait que sa réforme lui permettra d'économiser sur le dos des patients, par diminution de l'offre de services en soins de première ligne et spécialisés. Et quand on constatera son échec, il blâmera les mêmes acteurs du réseau qu'il pointe du doigt aujourd'hui, sans se regarder dans le miroir. À la démotivation qui affecte le réseau depuis l'annonce du projet de loi 20 s'ajoutera une impuissance grandissante à fournir les soins requis.

Et si les médecins et les autres acteurs du terrain avaient des solutions? Des solutions auxquelles on a fait sourde oreille depuis trop longtemps. Des solutions éprouvées ailleurs, qu'on pourrait adapter à notre spécificité québécoise. Si on leur donnait la chance de bâtir sur les fondations établies depuis des décennies que des politiques gouvernementales n'ont pas encore réussi à détruire malgré toutes leur bonne volonté à le faire.

Cela fait beaucoup de si. Mais dans une dizaine d'années, quand le bulldozer aura terrassé l'ensemble du réseau auquel des milliers de Québécois et de Québécoises ont donné temps, dévouement et même de leur propre santé, on ne pourra pas dire «et si j'avais su».

Vos professionnels de la santé ont des solutions, vous les avez formés pour obtenir cette expertise, vous les payez de vos impôts pour pouvoir les entendre. Le ministre, lui, écoutera-t-il?

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