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Le serment de citoyenneté doit se faire à visage découvert.

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Le Nouvelliste

L'auteur, Dominic Therrien, est avocat en droit de l'immigration. Il est originaire de Trois-Rivières et vit en Colombie-Britannique.

Dans ma pratique en droit de l'immigration, mes clients font face régulièrement à des situations relatives à leur intégration à la société canadienne et au respect de leurs droits et libertés. Ce sont des sujets importants qui sont au coeur de plusieurs débats politiques du fait que notre pays est une terre d'accueil pour un nombre important d'immigrants. C'est dans ce contexte que la récente question du port du niqab lors d'une cérémonie de citoyenneté m'a interpellé et j'aimerais soumettre quelques pistes de réflexion.

Dans un premier temps, demandons-nous à quoi sert l'assermentation qui accompagne l'obtention de la citoyenneté canadienne. Cette cérémonie vise à ce que tout citoyen en devenir porte allégeance à la société canadienne et à ses valeurs fondamentales. Parmi ces valeurs fondamentales, figurent la liberté de religion, mais aussi la recherche de l'égalité entre les hommes et les femmes consacrée par la Charte canadienne des droits et libertés. Or, le port du niqab heurte les valeurs fondamentales canadiennes puisqu'il entraîne une négation de l'identité de la femme. On couvre le visage d'une personne spécifiquement parce qu'elle est une femme. Contrairement au hijab, la kippa juive, le crucifix au cou ou autres signes religieux qui ne couvrent pas le visage des personnes, le niqab a pour but de cacher la femme derrière un voile, de supprimer son individualité.

Une femme portant le niqab, aux yeux des autres, n'a plus une existence distincte de celle des autres femmes. Il s'agit d'une violence morale non seulement envers la femme qui porte le niqab, mais aussi envers toutes les femmes. Par conséquent, il me semble impensable qu'on puisse permettre à une personne prêtant serment d'allégeance à notre Constitution et à nos valeurs fondamentales de le faire en portant un niqab. Cela viendrait balayer du revers de la main les grands principes qui sont à la base même de nos idéaux démocratiques.

C'est pourquoi je suis d'avis que l'État est en droit d'exiger que le serment de citoyenneté soit donné de façon ouverte, publique et à visage découvert. Je me permets de citer le juge Louis Lebel de la Cour suprême du Canada dans une décision récente aussi relative au port du niqab:

«La Constitution exige une ouverture aux nouvelles différences qui apparaissent au Canada, mais aussi l'acceptation du principe qu'elle reste en contact avec les racines de notre société démocratique contemporaine.» Pour rester en contact avec les racines de notre société démocratique contemporaine, je crois que tout serment de citoyenneté doit se faire de façon ouverte, publique et à visage découvert.

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