Célébrons le français!

L'auteur, Ivan Alonso Suaza, vibre au rythme de...

Agrandir

L'auteur, Ivan Alonso Suaza, vibre au rythme de sa nouvelle langue.

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Le Nouvelliste

L'auteur, Ivan Alonso Suaza, est un ancien journaliste colombien. Il est actuellement directeur du Service d'accueil des nouveaux arrivants de Trois-Rivières (le SANA).

Je fais partie de la vague des nouveaux francophones, c'est-à-dire, les allophones qui ont pris la décision d'adopter la culture francophone. Et ce n'était pas pour mépriser ma langue maternelle ou ma culture, mais plutôt parce que le français a été rattaché à quelque chose d'important dans ma vie.

Bien sûr qu'au début j'avais besoin d'apprendre. En arrivant, je ne parlais que l'espagnol; quelques mois plus tard, je parlais le «fragnol» (disons 50 pour cent français et 50 pour cent espagnol), mais rapidement j'ai compris que pour moi le français devenait comme l'oxygène très nécessaire pour vivre ici.

J'avais pensé qu'apprendre le français serait comme ouvrir une fenêtre vers une autre culture, mais surprise! J'ai non seulement ouvert la fenêtre, j'ai aussi ouvert la porte et, petit à petit, je me suis permis d'entrer, de découvrir, de participer et de vivre en français.

Jamais je n'aurais pensé que la centaine de livres que ma première professeure de francisation, Denise Grenier, m'a donnés allait éveiller en moi la passion pour une autre langue que la mienne. J'avais lu Stendhal, Balzac, Zola, Maupassant et Baudelaire en espagnol, mais les découvrir en français a été toute une aventure. Mieux encore a été d'approcher la littérature québécoise de la main de Sylvie Desrosiers, Bertrand Bergeron, Denise Desautels, Gilles Archambault... des auteurs de vie, des artisans des lettres.

Actuellement, mon travail me permet de côtoyer des nouveaux arrivants, parmi lesquels on retrouve des francophones et des nouveaux francophones. Ces derniers vont vivre leur première expérience avec la langue de Molière. La plupart comprennent que la langue n'est pas seulement un regroupement de symboles et de phonèmes, c'est beaucoup plus. C'est un outil pour découvrir une culture dont le français fait partie et à laquelle on doit s'inclure, non seulement l'intégrer.

Aujourd'hui, 20 mars, débute la Semaine de la francophonie, plusieurs activités sont programmées dans tout le monde pour souligner l'importance du français et Trois-Rivières ne fait pas exception.

C'est le moment pour inviter les nouveaux arrivants à célébrer le français et à participer aux activités de la Semaine. Peut-être vous avez un ou des voisins non francophones, il faut les motiver en leur montrant que le plus important ce n'est pas de pouvoir parler le français un jour, c'est de le vivre tous les jours.

Sans doute, il suffit simplement de se laisser séduire par le son, par le rythme, par l'histoire inhérente d'une langue qui a la capacité de se réinventer, de faire face aux changements et on tombera amoureux de la langue de Molière, de Tremblay, de Fontaine, de Renaud, de Mboza, de Kamanzi et des autres 274 millions de personnes qui la partagent

Les nouvelles générations de francophones, ceux qui sont nés ici et ceux qui sont francophones par adoption, finiront par comprendre que ce sont les émotions, les rêves, les réflexions, les vécus que nous avons tous les jours qui nous permettent de bâtir nos passions et nos espoirs. Ce sont des éléments qui vont donner le sens à la francophonie. Il faut transmettre non seulement la syntaxe, les normes grammaticales, l'orthographe. Les verbes, les adjectifs et adverbes sont vides sans la passion du mot, la structure est fragile sans la fierté et la phrase sera nulle sans le sentiment d'appropriation que nous devons avoir pour la langue.

Quand je parle, j'ai un accent. Même parfois, il me vient à l'esprit que quand j'écris, j'ai un accent... ce qui ne m'a pas empêché de parler, lire, écrire et encore moins de comprendre et de vivre la francophonie.

Il y a des gens qui me demandent pourquoi un allophone peut être fier de parler français et je réponds qu'il faut être fier de ce que le français représente pour nous: des apprentissages, des défis, de nouveaux amis, des découvertes, des partages, des nouvelles expériences culturelles, de nouveaux points de repère. Célébrons le français!

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer