Projet d'oléoduc: un grave danger pour Trois-Rivières

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Le Nouvelliste

L'auteur, Yves Rocheleau, a été député bloquiste de Trois-Rivières de 1993 à 2004

Le quotidien Le Devoir nous apprenait le 3 mars que plus de 1800 demandes de participation ont été adressées à l'Office national de l'Énergie (ONE) du Canada relativement au projet d'oléoduc Énergie Est de TransCanada, projet qui permettrait le transport de 1,1 million de barils de pétrole par jour provenant des sables bitumineux de l'Alberta sur une distance de 720 km en sol québécois.

Bien que les interventions ou revendications qui y sont faites soient toutes aussi percutantes les unes que les autres, certaines d'entre elles ont attiré mon attention de façon toute particulière.

Ce sont trois municipalités québécoises, soit Lévis (140 000 habitants), Repentigny (85 000) et Mascouche (43 000) qui ont toutes trois exprimé leur inquiétude face aux dangers qui guettent leur population en rapport avec le passage du pipeline Énergie Est sur leur territoire. Pourquoi?

Parce que, d'après le tracé projeté, pour chacune d'elles, ce pipeline impliquera la traversée d'une rivière en amont (au nord) d'une prise d'eau servant à l'approvisionnement en eau potable de ces populations, ce qui signifie qu'un éventuel déversement de pétrole dans l'une de ces rivières entraînerait des conséquences désastreuses pour l'approvisionnement en eau potable des populations riveraines.

En Mauricie, l'oléoduc devra traverser de nombreux et importants cours d'eau, dont, notamment, la rivière Saint-Maurice, possiblement la plus importante de toutes les rivières concernées sur la rive nord, et la rivière Sainte-Anne qui coule à Sainte-Anne-de-la-Pérade.

Les inquiétudes émises par les trois municipalités mentionnées par Le Devoir ont piqué ma curiosité, ce qui m'a motivé à mener une petite enquête-maison qui a malheureusement confirmé mes pires appréhensions...

J'ai ainsi appris de source sûre que le tracé envisagé par TransCanada prévoit la traversée de la rivière Saint-Maurice à 6 km en aval (au sud) du barrage La Gabelle, c'est-à-dire à quelques kilomètres en amont (au nord) de la prise d'eau donnant sur la Saint-Maurice de l'usine de filtration de la ville de Trois-Rivières, à la hauteur de Mont-Carmel.

Paradoxalement, le lendemain 4 mars, Le Nouvelliste nous informait que les dirigeants de l'ONE «ont rencontré hier après-midi les maires et directeurs généraux d'une dizaine de municipalités de la Mauricie concernées par le tracé du pipeline afin de les rassurer sur le processus d'étude du projet».

Aucune mention n'y est faite relativement à la problématique de la prise d'eau, problématique pourtant semblable à celle qui inquiète les dirigeants municipaux de trois villes ci-haut mentionnées. Comment expliquer dans ce contexte que non seulement la Ville de Trois-Rivières n'ait pas manifesté d'intérêt, contrairement à ses homologues, à intervenir auprès de l'ONE, mais pire encore, que son maire ait déclaré être «rassuré» par ce qu'il a entendu de la bouche des dirigeants de l'ONE?

Contrairement à ses homologues inquiets, notre maire déborde d'enthousiasme, au point d'affirmer que «le taux de fiabilité du transport de pétrole est extraordinaire. Il est de 99,99 %».

Que dire de la rivière Sainte-Anne et des effets catastrophiques d'un éventuel déversement pour ce phénomène naturel extraordinaire que constitue la venue de dizaines et de dizaines de millions de poulamons chaque année et ses retombées économiques de plusieurs millions de dollars?

Rappelons-nous que la Ville de Portland (Maine) a interdit le passage de ce pipeline sur son territoire. La Colombie-Britannique a dit non à un projet semblable nommé Northern Gateway et le président Obama a imposé son veto sur celui de Keystone XL.

Les tuyaux servant aux pipelines ont une duré de vie de 100 ans! Il serait grand temps que les jeunes générations et les dirigeants municipaux de la Mauricie sortent de leur torpeur! Le temps n'est pas à la béatitude, mais bien à la prudence et au réalisme!

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