L'austérité au féminin

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Le Nouvelliste

Comme pour nous rappeler l'importance de se mobiliser lors du 8 mars, l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques publiait récemment une étude sur l'impact des mesures d'austérité adoptées par l'État québécois depuis 2008. Et la conclusion des chercheurs est sans appel. Loin d'être neutres et technocratiques comme l'affirmait, en commission parlementaire, l'actuel ministre des Finances, ces mesures ont eu un effet beaucoup plus marqué sur les femmes. Et de loin!

En se fondant sur des calculs faits à partir des budgets et autres documents de nature budgétaire du ministère des Finances, les auteurs de l'étude évaluent à 3,1 milliards $ le montant excédentaire des compressions que les femmes assument par rapport aux hommes.

Prenons simplement le secteur de l'emploi. Près de 75 % des emplois relevant de l'État sont occupés par des femmes. De fait, le tiers des femmes qui ont un emploi travaillent dans le secteur public, alors que la proportion correspondante n'est que 19% du côté des hommes. Un tel écart fait en sorte que les femmes sont nettement plus affectées que les hommes par les coupes dans la masse salariale des fonctionnaires ainsi que par les coupes générales dans le secteur public. De même, leurs perspectives d'emploi sont sérieusement compromises lorsque le principal employeur féminin décide de geler l'embauche ou encore de combler seulement en partie les départs à la retraite.

Quant aux abolitions de programmes et aux diminutions de services annoncées et effectuées, elles se traduisent plus souvent qu'autrement par un transfert de responsabilités collectives vers la sphère privée, où les femmes font toujours et encore la majorité des tâches. Quel sexe compose le principal bassin de personnes aidantes naturelles pour prendre soin d'un proche? Poser la question c'est y répondre.

La mise en place des services de garde a permis d'accroître sensiblement la participation des femmes au marché du travail, que ce soit en leur permettant d'y envoyer leurs enfants ou encore comme bassin d'emplois. Toute diminution de ces services touche d'abord les femmes. D'une part, comme elles sont beaucoup plus nombreuses que les hommes à être à la tête d'une famille monoparentale et à toucher un revenu moindre que leur partenaire, elles sont plus susceptibles d'en profiter. D'autre part, les femmes composent la grande majorité du personnel de ces services.

Même constat dans les secteurs de la santé, des services sociaux et de l'éducation. Ce sont surtout des femmes qui y travaillent et ce sont aussi des femmes qui devront, à domicile ou ailleurs, compenser la dégradation des services, conséquence des mesures d'austérité. Non, les femmes n'en ont définitivement pas fini avec la double tâche.

Ces chiffres démontrent que l'austérité est bien, comme l'indique le Petit Robert, un nom féminin et que les gouvernements successifs n'ont pas appliqué l'analyse différenciée selon les sexes (ADS) à leurs décisions budgétaires. Pourtant, il n'y a pas si longtemps, en 2006, on inscrivait l'ADS comme outil de gouvernance dans la politique gouvernementale pour l'égalité entre les femmes et les hommes.

En ce 8 mars 2015, les femmes ont bien raison de se mobiliser puisque rien ne leur est définitivement acquis. À preuve, cette récente coupure de 460 000 $ imposée au Conseil du statut de la femme obligeant ce dernier à fermer tous ses bureaux régionaux. Qui y travaillaient pensez-vous? Des hommes ou des femmes?

France Cormier

Coporte-parole

Québec solidaire Mauricie

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