Comment exorciser cette peur?

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Le projet de mosquée à Shawinigan, victime de la peur.

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Le Nouvelliste

Les premières victimes des islamistes radicaux sont les musulmans eux-mêmes

Le refus d'une mosquée à Shawinigan repose sur la peur. Comme il fallait s'y attendre, la nouvelle a véhiculé dans les médias l'image d'une ville intolérante, islamophobe, frileuse, vieillotte, recroquevillée dans ses préjugés et qui se sent menacée par l'étranger.

Sans minimiser la portée de cette décision du conseil municipal, il s'impose de replacer les choses dans leur contexte en rappelant que les actes barbares rapportés dans les médias ont pu inspirer aux citoyens à la fois de l'indignation, de l'incompréhension et du dégoût. Sans compter le fait que depuis les attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu et d'Ottawa, des citoyens vivent dans l'anticipation: 64 % selon un récent sondage pancanadien. La peur est là et au lieu de rassurer, la sécurité aiguise la peur. Les citoyens sont aux aguets.

Et pourtant, fallait-il par crainte de radicalisation refuser ce lieu de prières aux musulmans? Fallait-il être capable de penser et de décider sans être lénifiant ni catastrophiste? Et surtout, sans faire d'amalgames? Mais, comment surmonter et exorciser cette peur? Le traitement ne passe-t-il pas par l'intelligence, la pensée et les connaissances?

Ce qui paralyse dans la peur, c'est souvent la honte d'avoir peur. Et dans l'islamophobie c'est soit la crainte de l'islam ou bien le racisme antimusulman. C'est de rendre l'autre infâme parce qu'il est l'autre. Ce n'est pas la crainte qui est condamnable, mais c'est de rendre l'autre infâme. Et si, en remplaçant l'ignorance par la connaissance, on apprenait:

Que les Arabes sont les écorchés vifs de l'histoire moderne, empêtrés depuis des siècles dans des problèmes de langue, d'ethnies, de culture et de religion compliqués.

Que les Arabes forment une mosaïque de communautés que les soubresauts de l'histoire ont réuni contre leur gré, ou séparé. et que leur terre, comme en Palestine, est spoliée jour après jour par Israël.

Que les Arabes, lorsqu'ils se retrouvent au Québec, s'accrochent à leur identité la plus menacée: leur religion. Comme l'a fait jadis la société québécoise avant la Révolution tranquille.

Et si l'on apprenait que face au terrorisme, l'État islamique table sur le fait que les sociétés occidentales vont surréagir et que l'islamophobie aura comme conséquence de faciliter leur recrutement en ralliant des musulmans jeunes et vulnérables aux groupes radicaux.

Et si l'on apprenait également que l'État islamique mène une guerre pour le contrôle des esprits musulmans et que cette radicalisation pourrait s'expliquer par la crainte d'une désislamisation massive de la société civile du moins en partie. La peur d'un monde qui bascule et qui, par crainte de la modernité, se réfugie dans le passé sans se demander si on peut vivre aujourd'hui comme Mahomet en 620 en imposant un mur de prescriptions.

Et si on gardait en mémoire que les premières victimes des islamismes radicaux sont les musulmans eux-mêmes. Si bien que depuis les années 90, ce fanatisme meurtrier a humilié, spolié, asservi et/ou abattu un nombre considérable de musulmans et de musulmanes.

Et si surtout on avait la conviction que pour vivre ensemble, l'intégration se fait par l'acceptation de l'autre, le travail et la réussite sociale. Pourrait-on tenter de mieux comprendre la peur à partir d'une diversité de points de vue? Pourquoi et comment crée-t-on de la peur? Quelles en sont les mises en scène passées et contemporaines? Et, quels moyens utilisés pour mieux conjurer la peur et le vivre ensemble?

Toutes ces questions pourraient être discutées lors d'une rencontre publique nationale organisée par le gouvernement du Québec et la Ville de Shawinigan en collaboration avec l'Institut du Nouveau Monde et ayant pour thème «Conjurer la peur pour mieux vivre ensemble». En plus de contribuer à dépasser la peur, cette rencontre annuelle servirait également à redorer l'image publique de Shawinigan.

Claude Gélinas

Shawinigan

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