On est en train de mourir!

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Le Nouvelliste

Lettre au premier ministre Philippe Couillard et au gouvernement du Québec.

Je travaille à L'Accorderie de Shawinigan, un organisme à but non lucratif dont la mission est de lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Nous faisons partie d'un vaste réseau (12 Accorderies au Québec et plusieurs en Europe) tentant de faire une réelle différence dans la vie des gens: échanges de service, activités sociales, ateliers, épicerie collective et crédit solidaire sont nos outils.

Partout au Québec, des gens sont sortis de leur isolement grâce aux Accorderies. Ils ont regagné confiance, se sont valorisés, rendus utiles et ont pu profiter de services qu'ils n'auraient pas eu les moyens de se payer. Et les accordeurs plus fortunés ont pu ressentir l'immense satisfaction d'aider (et de se faire aider) par son prochain sans que l'argent, pour une fois, ne soit un moteur.

Je vous parle des Accorderies, mais je pourrais vous parler des maisons de jeunes, des centres d'alphabétisation, des centres d'action bénévole, des banques alimentaires, des refuges pour femmes et enfants victimes de violence conjugale, des centres action suicide, des services d'aide en santé mentale, des services à l'intégration des personnes immigrantes, des services d'aide aux familles fragilisées et d'une multitude d'autres organismes communautaires qui, présentement, agonisent à cause de vous.

Notre financement était déjà grandement insuffisant. Il sera bientôt pratiquement inexistant. Nous mettons nos employés à pied et épuisons nos bénévoles. Nous faisons le travail de trois, de quatre, sans se faire payer toutes nos heures, car nous voyons bien que le compte en banque fond comme neige au soleil tandis que la demande de services explose.

Je vous ai entendu des dizaines de fois dire que les plus démunis ne seraient jamais touchés par les coupures. Je regrette, mais, jusqu'à présent, il n'y a que les plus démunis qui sont touchés par votre «rigueur». Nous les voyons, jour après jour, se présenter à nos bureaux pour demander de l'aide que nous ne pouvons plus leur accorder adéquatement. Comment pensez-vous que l'on se sent quand on dit à une femme battue qu'on ne pourra pas l'héberger? Comme un complice...

Qu'allez-vous faire, monsieur Couillard, quand ils se présenteront en masse à l'urgence, au CLSC, à l'aide sociale ou au bureau de leur député? Ferez-vous notre travail? Je ne pense pas. Vous êtes en train d'enlever les pierres d'assise de notre société. Quand elles s'écrouleront, qui sera dessous? Vous et vos amis? Je ne pense pas.

Pour être devenu premier ministre, vous êtes sûrement un homme intelligent. Mais êtes-vous un homme de coeur? En tant que médecin, vous devriez l'être. Vous clamez avec un grand sourire que vous atteindrez, en 2015-2016, «l'équilibre budgétaire». Je me méfie de vos guillemets. Pour moi, ils sous-entendent que tout cela n'aura servi à rien. Cela m'attriste et me fâche. Comment allons-nous expliquer ça à notre clientèle? Pourriez-vous, s'il vous plaît, vous rappeler que quand on fait tomber un domino, tous les autres derrière s'écroulent. Nous sommes en train de mourir. Vous êtes médecin, ne l'oubliez pas. D'abord, ne pas nuire...

Geneviève Ricard

animatrice

Accorderie de Shawinigan

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