Le congédiement de Coach Martin Croteau, les faits...

Martin Croteau... (Photo: Olivier Croteau)

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Martin Croteau

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Le Nouvelliste

Mon nom est Jean Boutet, entraîneur à Trois-Rivières depuis 1980, donc 36 ans d'expérience. Associé directement comme joueur ou instructeur à l'équipe de football, les Diablos du Cégep de Trois-Rivières depuis 1974, 40 ans cette année.

J'ai occupé le poste de coordonnateur offensif au cours des trois dernières saisons, sous les ordres de Martin Croteau.

Mon intervention vise à présenter les faits dont j'ai été témoin au cours de cette période et de faire quelques observations, que me permettent ma position et mon expérience.

Toujours et seulement l'équipe!

Au cours de toutes ces années, je suis demeuré fidèle aux «principes Diablos» transmis par les entraîneurs Frank Gauthier et Jean-Guy Paré. Le football a été bon pour moi et j'ai toujours cru qu'il était de mon devoir de remettre aux suivants.

Sans jamais aucune recherche de capital personnel, tout comme Coach Croteau, j'ai toujours priorisé le développement et la réussite personnelle des joueurs, au travers des «principes Diablos». J'ai aussi participé à la relance de l'équipe, après sa dissolution en 1989.

La saison 2014 a commencé avec l'ouverture des classes, en janvier. Réunions stratégiques, rencontres avec les joueurs, entraînements intérieurs d'hiver et les camps de printemps.

Ouverture du camp d'entraînement, 11 août. À mon retour au travail, la semaine suivante, une situation particulière m'oblige à reprendre, avec plaisir d'ailleurs, le service avec l'équipe secondaire de mon école.

À bientôt 58 ans, la raison m'indiquait de laisser les Diablos et de me concentrer sur mes priorités à l'école. Disons que ça en faisait pas mal! Mais non...

La saison était commencée et on n'abandonne jamais! Ce sera deux équipes de front encore une fois, that's all! Et ce... malgré les rumeurs d'une baisse radicale de rémunération, 34 % dans mon cas, qui s'est d'ailleurs concrétisée.

Peu importe... Toujours et seulement l'équipe!

Le nouveau responsable des sports au Cégep de Trois-Rivières

En poste depuis septembre 2013, je connais Michael Guay depuis quelques années, l'ayant dirigé comme joueur, lors de saisons de coaching, dans une autre école. À la fin de ses études, sans travail ni expérience, il est venu me rencontrer à mon école actuelle, pour m'offrir ses services d'entraîneur.

Je l'ai accueilli d'emblée et donné du travail. Je l'ai ensuite recommandé à Martin Croteau, croyant les deux partis gagnants. Il s'est ainsi joint au personnel d'adjoints chez les Diablos en tant qu'entraîneur de la ligne défensive ainsi que des unités spéciales.

Peu après, il devenait le nouveau responsable des sports (RDS).

Les choses ont alors commencé à changer, je découvrais un autre homme... Il a rapidement confondu ses chaises d'entraîneur et de responsable des sports, la hiérarchie n'était plus respectée.

Les frictions n'ont pas tardé à poindre avec Croteau et moi. Une position beaucoup trop délicate à gérer, pour un jeune RDS sans expérience. Malgré tout, nous nous sommes pliés à des décisions que nous ne partagions pas vraiment.

Exercices de fins de pratiques douteux... Rencontre avec un psychologue sportif, venu nous dire qu'on ne savait pas recruter... Ouverture hâtive du camp d'entraînement... Abandon du match pré-saison, et j'en passe.

Enfin...

Le type semble animé d'un insatiable désir d'impressionner, de refaire toutes les choses de la bonne façon, à «sa» façon... D'ailleurs, une réunion d'entraîneurs de toutes les disciplines, tenue en début de saison, animée par le RDS lui-même, où l'on fut inondés de «Je» et de «J'ai», nous a mieux fait cerner le personnage.

Assez particulier, merci... Mais, c'est lui le patron... maintenant.

Coach Croteau, coupable de quoi?

Voilà la question!

En poste depuis 22 ans, dont 17 comme entraîneur-chef, Martin Croteau n'avait aucune tache à son dossier. Il était «Monsieur Diablos» à Trois-Rivières.

Excellentes relations avec toutes les écoles, les pilotes, les directions de la région et du Québec, les joueurs de toutes les années, les parents, les médias et la «majorité» du personnel du Cégep.

Intelligent, posé, tolérant, conciliant, ses décisions étaient toujours longuement réfléchies afin de s'assurer de ne heurter personne, d'être le plus équitable possible. Mais comme nous tous, il ne pouvait prétendre à la perfection, ni... l'unanimité.

On n'évalue pas les entraîneurs aux victoires et aux défaites à ce niveau. Non, pas du tout!

Le football est un jeu, prétexte à l'éducation, un moyen de plus pour tenter de faire des hommes avec des enfants. Vrai pour les équipes professionnelles et universitaires à gros budget, pour qui les victoires signifient des dollars, mais tout à fait faux en ce qui nous concerne.

Nos équipes sportives, scolaires et collégiales, n'existent pas pour faire du cash mais de l'éducation. Le sport est un service aux étudiants, messieurs!

Je me rappelle très bien vous entendre dire, lors de la fameuse réunion de 2010, que le football n'était qu'un service aux étudiants parmi tant d'autres, au même titre que la radio étudiante.

Alors, d'où vient cette soudaine obsession d'aligner les victoires, d'insuffler un air nouveau a l'équipe? L'éducation n'est plus la priorité?

Coach Croteau accomplissait son travail consciencieusement, efficacement, dans une intégrité totale, avec les moyens qu'il avait et à très peu de frais, en plus!

Aucune organisation n'a les moyens de se passer d'un intervenant de cette qualité et de son expérience. Absolument rien de solide ne justifiait le congédiement de Coach Croteau.

Postes à temps plein

«Dans tous les conflits, la première victime est toujours la vérité» disait l'écrivain Rudyard Kipling.

La direction du Cégep a récemment annoncé la création d'un poste d'entraîneur à temps plein et d'un autre saisonnier, du déjà vu... Depuis trois ans, le coordonnateur défensif, Jean-Philippe Chartier, était en situation semblable avec l'équipe, même qu'un saisonnier (Mike Bird) s'était joint à nous cet automne.

Je vous épargne les statistiques, mais l'expérience ne semble pas avoir été suffisamment concluante, les ententes n'ont pas été renouvelées, ces deux entraîneurs ne sont plus dans le décor.

Les détails techniques de création de poste semblent bien complexes, mais quand on veut que ça marche, on trouve des solutions, dans le cas contraire, des problèmes... 

Des entraîneurs à temps plein pour recruter, «étudier» des films et faire je ne sais quoi, semble être la norme maintenant et tant mieux pour tout le monde... quand ça marche.

Mais il est bien évident que Croteau, moi-même et d'autres, n'aurions jamais quitté nos emplois actuels, pour un traitement inférieur... Ça nous sortait subtilement de la «game». En ce qui me concerne, pas important, je quittais de toute façon, en raison d'un surplus de travail.

Ce n'était pas nécessaire de se passer de Coach Croteau pour obtenir ces deux postes, je n'en crois pas un mot! Il était au courant des projets, ouvert et d'accord à remanier certaines structures, intéressé à poursuivre, même à traitement minimal.

On l'a congédié, rien d'autre... Certaines personnes en position de pouvoir n'en voulaient simplement plus!

L'après Coach Croteau

Martin Croteau devait demeurer la figure de proue de l'équipe de football des Diablos, accompagné de jeunes hommes compétents et énergiques, en coordination. Le Cégep de Trois-Rivières n'avait pas les moyens de perdre un individu de son envergure, à la tête du fleuron de ses équipes, surtout en ces temps difficiles à venir. 

Avec des situations financières précaires dans plusieurs cégeps de la province, les compressions budgétaires annoncées, la baisse de clientèle, je comprends mal qu'on ait eu à la fois les moyens de créer deux nouveaux postes et de se passer de Coach Croteau, qui coûtait si peu.

Enfin... Si la décision a été prise pour améliorer l'équipe, j'ai peur que ce fut une bien mauvaise évaluation de la situation.

Le nouvel entraîneur va malheureusement réaliser très vite qu'il a accepté un «cadeau de Grec»...

Malgré que la ligue sera beaucoup moins forte la saison prochaine avec la perte de deux équipes pour la division 1, remplacées par la graduation de deux de D3, le nouveau pilote, un jeune homme semble-t-il talentueux, aurait eu tout à apprendre et à recevoir d'une bonne personne comme Coach Croteau.

Les jeunes entraîneurs ont de l'ambition maintenant et peuvent aspirer à des postes intéressants avec de belles progressions, ce qui n'existait pas à notre époque. La fiche semble maintenant très importante. Faut jamais «pousser son boxeur trop vite»...

La communauté de football de Trois-Rivières observe attentivement et comprend bien la situation.

Sentiment d'appartenance, implication émotive, relations avec les réseaux scolaires, colmatage des fuites dans le recrutement, formation du personnel d'entraîneurs, sympathie du public, des anciens, la tâche à venir sera énorme.

Le nouvel homme de confiance aurait rapidement apprécié la présence et le support de Coach Croteau. Malheureusement, les joueurs risquent encore d'être les premiers à payer la note, comme dans toutes les séparations manquées.

Et l'histoire, maintenant

L'histoire, elle nous appartient messieurs! C'est la nôtre, c'est nous qui l'avons vécue et écrite ensuite!

Plus de 45 ans de football à la façon de Walter Babin, Frank Gauthier, Jean-Guy Paré, André Deshaies, Bernard Milette, Jean-Luc Gélinas, Danny Rousseau, Serge Hamel et Martin Croteau.

On était tous de la famille, on ne recherchait jamais de capital personnel, on était des «Diablos pour les Diablos»! On faisait du football pour le fun et pour les jeunes. À la sueur, au sang, aux rires, aux pleurs, on a combattu, gagné, perdu, on vous a même bâti un stade et on vous le laisse...

Vous nous avez irrespectueusement écarté de votre chemin. Vous aviez le droit, soit...

Vous n'êtes pas coupables d'illégalité, mais... d'immoralité. On ne traite pas toujours qui on veut, comme on veut. «Ça marche pas d'même, dans vie.» On enseigne ça à nos joueurs...

Vous avez fait mal à une équipe et de la peine à son plus grand bâtisseur, voilà ce que vous avez fait. On aurait pu vieillir heureux ensemble, vous avez tout brisé. Dommage...

Bonne chance quand même dans votre nouvelle entreprise.

Mais attention! En 2019, vous célébrerez votre cinquième anniversaire, nous on quitte avec notre histoire!

Coach Jean Boutet

Diablos 1974-2014

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