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Le Nouvelliste

Vous êtes homme à aller de l'avant sans tenir compte de l'avis d'autrui

Lettre au docteur Gaétan Barrette, ministre de la Santé

Il y a quelques semaines, j'aurais sans doute écrit «Cher docteur Barrette», mais l'aveuglement et l'absence de dialogues constructifs avec les Fédérations de médecins me laissent à penser que vous êtes homme à aller de l'avant sans tenir compte de l'avis d'autrui, particulièrement de ceux qui sont en première ligne, les médecins eux-mêmes. Vous m'êtes donc de moins en moins, «cher».

L'objectif que vous défendez, doter chaque Québécois d'un médecin de famille, est louable. Plusieurs de vos prédécesseurs se sont attaqués à ce problème, sans succès. Vous pensez y parvenir sans consulter qui que ce soit. Voilà qui ne procède pas de la volonté d'un homme brillant comme vous l'êtes. Votre prémisse que les omnipraticiens ne travaillent pas suffisamment, ne me semble pas étayée par des preuves flagrantes et évidentes. Vous qui ne craigniez pas de «maquiller les chiffres»; comment bâtir un raisonnement éclairé, si la prémisse est erronée?

J'ai la chance d'être de ceux qui ont un médecin de famille et de le connaître suffisamment pour savoir qu'il est très impliqué dans sa profession et que ses heures sont nombreuses et variées. Je pense qu'il n'a pas le nombre de patients que vous souhaitez qu'il ait, parce que sa pratique est diversifiée et, à mon avis, essentielle à la bonne marche de nos institutions de santé. Il a un certain nombre de patients dont il prend grand soin, si j'en juge par l'excellent service que j'en reçois, mais il s'implique aussi pour une dizaine de quarts de travail mensuels à l'urgence de notre Centre hospitalier régional. Une dizaine de quarts de travail gigantesques qui varient entre dix et douze heures chaque fois. Cette implication est essentielle si la région veut bénéficier d'une urgence de qualité, ouverte 24 heures par jour, sept jours par semaine. Voilà qui compense, me semble-t-il, pour quelques dizaines de patients en moins dans sa pratique.

Je sais aussi qu'il est impliqué, malgré son jeune âge (début trentaine) dans la supervision des médecins résidents de notre Unité de médecine familiale. Un travail nécessaire si l'on veut préserver la qualité de nos futurs médecins. Comme beaucoup de médecins de famille approchent de la retraite, il faut assurer la relève. Dans notre hôpital régional, les médecins de famille sont omniprésents; croyez-vous vraiment que de les remplacer par des spécialistes sera plus économique pour le système? La réalité urbaine montréalaise ne peut s'appliquer ici en région.

Ce qu'on souhaiterait de vous, c'est que vous soyez sensible à toutes les formes d'engagement de nos médecins de famille. Ne pas tout juger et tout apprécier par le seul nombre de patients qu'ils prennent sous leur responsabilité. Ainsi, vous pourriez poursuivre votre objectif, mais en tenant compte de toutes les facettes du travail d'un omnipraticien. C'est la noblesse et la particularité de ce style de médecine.

Je souhaite que vous engagiez au plus tôt avec nos Fédérations de médecins, particulièrement de celle des omnipraticiens, un dialogue constructif. Vous êtes un homme trop intelligent pour penser que vous avez le monopole de la vérité, surtout dans un domaine, celui des médecins de famille, que vous connaissez moins. Je vous exhorte donc à entamer ce dialogue que les Québécois souhaitent pour leur mieux-être d'abord, mais aussi pour l'efficience de notre système de santé que vous souhaitez parfaire. Quand ce sera fait, j'aurai peut-être encore le goût de vous appeler «cher docteur Barrette».

Daniel Delisle

retraité de l'enseignement

Saint-Élie-de-Caxton

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