D'abord la qualité des soins

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Julie Fréchette
Le Nouvelliste

Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur la loi 20 depuis le dépôt du projet. Beaucoup de chiffres ont été avancés, beaucoup de discussions sur les heures travaillées, sur le nombre de patients vus, sur ce qui constitue une journée travaillée ou non. Honnêtement, je trouve que ces discussions sont futiles. Les médecins de famille du Québec n'ont pas à discuter d'un projet de loi qui leur est balancé à la figure comme s'ils avaient été les seuls responsables de l'état actuel des choses. Nous n'avons pas à justifier notre rôle dans le système de santé. Nous n'avons pas à nous excuser de faire le travail que nous faisons quotidiennement auprès de nos patients car la diversité de notre profession est exactement ce qui nous permet tous ensemble de répondre aux besoins très diversifiés de la population. Nous n'avons pas tous le même profil de pratique et c'est ce qui fait la richesse de notre profession.

Je me ferai la porte-parole des médecins de famille ayant opté, il y a plusieurs années, d'orienter leur pratique auprès de clientèles vulnérables et ce, souvent au détriment de leur rémunération. Je parle ici des médecins oeuvrant, par exemple, en pédiatrie sociale, en santé mentale, en soins à domicile et en clinique de santé sexuelle, pour ne nommer que ceux-ci.

Nous avons accepté une rémunération à tarif horaire beaucoup moindre que nos collègues en bureau afin d'aller travailler auprès de clientèles qui ne cadrent souvent pas dans le système de production à la chaîne dont rêve le ministre. Nous avons consacré notre carrière à des disciplines demandant un travail en équipe et la collaboration avec plusieurs autres intervenants. Nous avons laissé de côté certaines activités médicales beaucoup plus lucratives pour avoir la possibilité de travailler avec des clientèles souvent laissées pour compte dans notre système de santé.

Ça n'a jamais été très populaire de travailler en CLSC. Nous avons toujours été une minorité de médecins à oeuvrer au sein de cette structure médicale. Ça ne s'est jamais rué aux portes pour venir travailler dans ces cliniques pourtant si importantes pour les patients qu'elles servent. Je travaille depuis 11 ans à temps plein en clinique de santé sexuelle à traiter une clientèle jeune et à risque et en soins à domicile à traiter des personnes âgées et en perte d'autonomie de plus en plus vieilles et malades. Je n'ai pas du tout l'impression d'être inutile, ni de ne servir à rien au sein du système de santé, même si je ne suis pas «efficace» et «performante» aux yeux d'un homme méprisant et arrogant, complètement dénué de sens social et communautaire.

Il est évident que tout n'est pas parfait au sein de l'organisation des services offerts à la population. Il nous est clairement évident à nous, médecins oeuvrant au front à tous les jours auprès de nos patients, que l'accès à des soins de qualité est un droit et un besoin fondamental aux yeux de la population. Nous travaillons tous quotidiennement en cherchant des façons de mieux répondre aux besoins changeants de nos patients et en adaptant nos pratiques pour remédier aux lacunes d'un système imparfait.

Le ministre Barrette nous traite de paresseux. Il nous accuse de mentir. Il nous menace d'un «bâton». Il est méprisant. Il nous dit que nous ne travaillons pas assez ni de la bonne façon. Et ensuite, il voudrait que les médecins de famille acceptent de discuter. Il voudrait qu'on lui justifie notre valeur au sein du système de santé. Quand on veut discuter et collaborer avec quelqu'un pour trouver des solutions constructives à un problème, on ne commence pas par lui balancer des coups de poing à la figure...

Le jour où le ministre Barrette comprendra qu'il doit tout d'abord traiter les gens avec respect pour obtenir leur collaboration, il réalisera le pouvoir de 8800 médecins de famille mobilisés pour améliorer l'accès à des soins de santé de qualité.

L'auteure, Julie Fréchette, est médecin de famille à Trois-Rivières.

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