Respectez le deuil

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Le Nouvelliste

L'auteure, Djemila Benhabib, est écrivaine et militante pour la laïcité et les droits des femmes et des enfants.

En réaction aux propos d'Alexandre Dumas.

Je me doutais bien que vous étiez un être petit qui rapetissait tout à sa mesure depuis la publication de votre première lettre dans Le Nouvelliste, dans laquelle vous déversiez votre haine et vos calomnies à mon égard en me traitant, entre autres, d'islamophobe. Je réalise en lisant votre publication de samedi, que vous êtes un être dépourvu d'éthique. J'avoue que votre insistance à tirer sur moi alors que je suis en deuil de mes compagnons de route de Charlie Hebdo m'oblige à vous dire quelques vérités. Les gens civilisés vous le confirmeront, on ne s'en prend jamais à une personne en deuil. Le deuil est une période de recueillement. Vous avez souillé le mien.

Il est des moments dans l'histoire où les vérités se font jour, où le flot du commentaire est interrompu soudain par l'éclat douloureux d'une lumière trop crue. Au moins peut-on rêver que cette lumière rende parfois la vue aux aveugles, la raison aux fous et la parole aux muets. Les rêves ont leurs limites. C'est pourquoi il est vain d'espérer, ici, vous convaincre de la nécessité de prendre la relève de ceux tombés dans le champ d'honneur. N'est pas patriote qui veut. Un fantassin de la victimisation ne peut combattre les intégrismes religieux. Pour vous, la barbarie de l'islam politique n'est qu'un simple fantasme. Le mien. Point barre.

À vos yeux, le tragique de ces derniers jours n'est rien. Il est tout au plus un filon que vous avez flairé pour jouer un peu au fanfaron. Car il faut croire que pour des egos «petits», noyés dans le désert intellectuel de leur insignifiance quotidienne, voir leurs noms imprimés en bas d'une page de journal est une réjouissance. Disons que pour un «lettré», ça fait dur quand même... et, surtout, ça donne froid dans le dos. Lettré? Vous ne l'êtes pas tout à fait. Enfin, si... un peu. Du moins, vous pensez l'être. En réalité, vous êtes un ignorant qui s'ignore. Une espèce de Joe connaissant qui se drape désespérément dans le rôle de Don Quichotte. Lui au moins avait cette sensualité pour mettre en oeuvre tous ses sens et observer l'autre intensément pour en découvrir la musicalité.

Vous qui avez le sang trop allumé contre les injustices (ou du moins, c'est ce que vous prétendez, mais admettons), vous qui avez suffisamment de coeur pour vous porter soi-disant à la défense des musulmans mais pas assez pour respecter la mémoire de 12 martyrs de la liberté d'expression, n'avez-vous pas retenu une seule chose, une seule, de la vie de ces géants que sont Charb, Cabu, Wolinski et Tignous qui vaille la peine d'être partagée?

Crayon à la main, j'ai parcouru le monde pour hurler mon incompréhension de la condition humaine. Faucher une vie au nom d'un dieu m'est insupportable.

Au printemps 2012, j'ai vécu au rythme de l'Égypte et de la Tunisie. Tout est là, écrit dans mon dernier livre, Des femmes au printemps, pour lequel j'ai remporté deux prix littéraires: Prix des écrivains de la Mauricie et le Prix Gérald Godin. Vous, où étiez-vous ?

N'est pas Djemila Benhabib qui veut. Contrairement à vous, Alexandre Dumas, «J'ai vécu dans le monstre et j'en connais les entrailles».

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